Je sors de désintox et tu bois avec tes copines jusqu’à 4 heures du matin 

Évocation de la vie de Mark Kerr, pratiquant d'arts martiaux mixtes, notamment sa lutte contre son assuétude pour les opioïdes.


L’homme derrière le colosse : une désintoxication de l’héroïsme

Je le confesse sans détour : je me désintéresse souverainement du sport, de ses joutes viriles, de ses muscles hypertrophiés et de ses gladiateurs contemporains en quête d’une gloire fugace. Pourtant, Smashing Machine parvient à captiver même les plus réfractaires à la ferveur athlétique. Car il ne s’agit point ici d’un énième éloge du triomphe musculaire, mais d’une introspection où la chair se délite et l’âme vacille. Le film, sous ses dehors pugilistiques, s’avère une méditation sur l’effritement d’un être herculéen en apparence, mais fissuré de l’intérieur, vulnérable, presque pathétique dans sa quête de rédemption.


L’idole brisée et le corps supplicié

Loin de l’épopée sportive classique, le récit s’attarde sur l’épuisement d’un corps martyrisé, sur la lente désagrégation d’un mythe. Dwayne Johnson, abandonnant les oripeaux clinquants de ses rôles musculeux — ceux des Fast and Furious et autres exubérances dans le genre action —, incarne ici un homme aux abois, prisonnier de ses addictions et de ses démons intérieurs. Le comédien, qu’on disait monolithique, se révèle acteur de composition, capable de s’effacer en toute sobriété derrière son personnage. Ce rôle, peut-être le plus incarné de sa carrière, marque une rupture salutaire et pourrait constituer un tournant décisif dans son parcours, à la fois professionnel et symbolique.


Un drame de la chair et de l’âme

Le réalisateur, dans une mise en scène rugueuse, s’intéresse moins aux coups portés qu’aux silences entre deux combats. L’arène devient le prolongement d’une psyché cabossée, un purgatoire où s’affrontent la volonté et la déréliction. L’épaisseur du drame se loge dans ces instants d’égarement, où la solitude suinte comme une sueur existentielle. La caméra scrute les moindres tremblements d’un visage que la douleur a buriné. On songe parfois à une tragédie antique travestie en chronique sportive.


Les limites du mythe américain

Mais si le métrage fascine par sa sincérité et la densité de son interprétation, il n’échappe pas à certains tropismes culturels. Ce récit si typiquement américain du dépassement de soi, de la rédemption par la souffrance, finit par tourner au cliché. Et cette théâtralisation complaisante du couple en crise — il faut que ça cogne, que ça hurle, que ça fracasse des portes — confine parfois à la caricature. On en vient à souhaiter plus de retenue, plus de moments taciturnes dans ce vacarme émotionnel.


Une réussite grave et nuancée

On demeure pourtant perplexe face à l’échec commercial d’une œuvre aussi dense et scrupuleuse. La pellicule, sans révolutionner le genre, s’élève bien au-dessus de la production courante par la sincérité de son propos et la justesse de son regard. L’acteur principal, enfin débarrassé de sa persona granitique, s’y dévoile dans une nudité morale et physique bouleversante. Bref, un film sobrement poignant, magnifiquement imparfait, où l’héroïsme se dissout dans la fatigue, et où le mythe s’effondre avec une grâce mélancolique.


Trilaw
7
Écrit par

Créée

le 8 nov. 2025

Critique lue 27 fois

Smashing Machine

Smashing Machine

6

Kelemvor

le 29 oct. 2025

Suivre

La pesanteur du corps

La lumière des arènes n’embrase pas la scène, elle l’affaisse. Elle ne célèbre rien d’autre que l’épuisement d’un corps qui persiste à se tenir debout quand tout autour s’écroule. Dans The Smashing...

Smashing Machine

Smashing Machine

1

PabloEscrobar

le 2 oct. 2025

Suivre

Rocko et ses frayeurs

The Smashing Machine de Benny Safdie a été récompensé du Lion d'argent lors de la 82e Mostra de Venise et devrait, selon la presse et certains analystes, figurer dans la liste des nominés de nombreux...

Smashing Machine

Smashing Machine

5

Cinememories

le 24 oct. 2025

Suivre

Frappé, mais pas touché

"Avec Smashing Machine, Benny Safdie s’aventure en solo pour dresser le portrait de Mark Kerr, lutteur mythique du MMA, incarné ici par un Dwayne Johnson étonnamment contenu. Fidèle à son approche...

Simone - Le voyage du siècle

Simone - Le voyage du siècle

9

Trilaw

le 24 nov. 2022

Suivre

« Bientôt s’éteindra cette génération qui ne devait pas survivre »

Le film est farouchement et profondément féministe mais quoi de plus normal pour un métrage dédié à une femme extraordinaire qui a permis que l’un des droits les plus élémentaires pour elles, même si...

Avatar - La Voie de l'eau

Avatar - La Voie de l'eau

5

Trilaw

le 16 déc. 2022

Suivre

« On ne congèle pas les bébés »

Treize ans de longues années d’attente patiente pour un résultat aussi famélique. Commençons par la fameuse 3D, je me souviens d’un temps où les lunettes 3D étaient devenues un outil indispensable...

La Fin d'Oak Street

La Fin d'Oak Street

7

Trilaw

le 13 août 2026

Suivre

Un plaisir régressif honteusement assumé, entre saccage jubilatoire et maestria formelle

Il a quand même le droit de jouer avec son chien Un mystérieux et fulgurant embrasement céleste arrache soudainement, brutalement, le paisible quartier d’Oak Street à sa quiétude banlieusarde pour le...