Bon, j’ai un peu l’impression que Parker Finn s’est piégé lui-même. Il a fait un premier court-métrage remarqué, ça lui a donné l’opportunité d’en faire un long sur le même thème, et comme le long a bien marché, on lui a proposé de lancer une franchise…de laquelle il va avoir du mal à s’extraire. Ce Smile 2 est très sympathique à regarder, Finn nous montrant toujours sa parfaite maîtrise du rythme et de la mise en scène (avec une grosse appétence pour les plan-séquences qui font durer la tension), mais il y a quand même un goût de « On prend les mêmes et on recommence ».
Pourtant le cadre est différent : on passe du milieu médicalisé à celui du show-bizz, et la pression que subit l’héroïne (un genre de Charlie XCX cocaïnomane) pour être opérationnelle en toutes circonstances, sans égard pour ses fragilités, cadre parfaitement avec le profil d’une victime de la créature souriante : quelqu’un de solitaire, tourmenté, que personne n’écoute vraiment.
Sauf que ce cadre sert finalement de prétexte à développer les mêmes idées, la même trajectoire, le même fatum. On nous montre une rébellion chez le personnage, on nous fait croire qu’elle pourrait marcher, et puis non, parce que le monstre a des pouvoirs illimités, il décide de ce qui est réel ou pas, c’est comme ça. C’est un peu comme la télécommande dans Funny Games : on te fait croire que le jeu a des règles, et puis ah non, nouvelles règles. L’entité manipule la réalité toute entière, donc bon, pas moyen. D’un côté, c’est assez pratique pour le scénario : ça permet d’expliquer tout comportement invraisemblable (mé ui cé kun rève lol). De l’autre, ça créé un récit épuisant dans le mauvais sens du terme, sans temps de repos qui nous permettrait de nous attacher à l’héroïne ou de développer les personnages secondaires (il y avait moyen d’instaurer une présence bienveillante mais ambiguë, avec sa meilleure amie, mais le film ne le fait pas plus que ça). A force de se demander ce qu’on doit croire du personnage (et donc ce qui nous permettrait d’avoir peur avec lui) on finit par être totalement détaché de ce qu’on nous montre.
Et puis à quoi bon laisser les choses en suspens (au bout d’un moment, les plans sur les visages souriants n’en finissent tellement plus qu’on a envie de dire à Finn d’arrêter de se regarder filmer et d’envoyer la sauce) quand on sait comment cela va finir ? S’il y a une suite à Smile, pitié, essayez de créer une transgression, un truc un peu inattendu. Parce que là, la franchise est à peine commencée qu’elle s'essouffle déjà doucement.