Film de Brian de Palma paradoxal. Je m'explique. Il y a pas mal de choses (personnages, contextes, …) dans ce film qui auraient dû me décourager ou qui avaient ce qu'il fallait pour que je n'apprécie guère. Et pourtant, quand je l'ai vu la première fois, je me souviens d'avoir été séduit, bluffé par le scénario très élaboré où le spectateur, bien manipulé, va de surprise en surprise. Bien sûr, à la revoyure, il n'y a plus beaucoup de surprises mais le film reste suffisamment riche pour justement s'intéresser aux détails, aux arrière-plans où surviennent des personnages ou des évènements qui paraissaient anodins à première vue (et qu'on redécouvrira).
D'abord, il y a ce long plan séquence qui sert de colonne vertébrale au film. On n'y voit que cet animal de Nicolas Cage en train de faire son numéro à rallonge et on ne voit pas grand-chose d'autre. Puis, lors de l'enquête, on n'arrêtera pas de revenir à des parties du plan séquence montrant qu'on n'avait rien compris, ni rien vu ... Et c'est une première qualité de ce film bâti sur l'apparence, sur l'idée qu'on se fait des gens, sur le rôle du factice qui concerne tout le monde du bas au haut de l'échelle sociale.
D'un côté, il y a Nicolas Cage dont on découvre peu à peu, avec des yeux incrédules, qu'il s'agit juste d'un flic, un (pauvre) détective de base. Mais sa tenue, richement décontractée, son air conquérant et séducteur, sa façon de s'emparer d'un micro le montre comme un bateleur, un présentateur de télé talentueux (pour vous faire avaler n'importe quel message publicitaire ou politique) mais pas vraiment un flic. Puis on comprend petit à petit qu'il aime bien se sucrer au passage, à voir les échanges discrets de biftons (qu'on n'entend pas craquer parce qu'ils sont, ici, en trop grosses liasses). La rencontre, les retrouvailles, avec son ancien pote (Gary Sinise) qui, lui, a réussi une brillante carrière dans la marine, est une merveille du genre. Pas besoin de discours, tout est dans l'aspect de l'un et de l'autre. Et la caméra de Palma n'insiste surtout pas, car on est dans l'évidence.
Même chose sur les deux rôles féminins (principalement Carla Gugino) où on est clairement aussi dans l'apparence, dans le bluffant.
Mais tout ceci ne tient que grâce à la mise en scène du spectacle, du jeu, du faux, du tape-à-l'œil. Il y a les personnages et leur comportement mais il y a aussi le bruit, la rumeur qui traduisent la fièvre de la fête. Culotté De Palma avec ses travelings aériens (pas mieux comme expression) où on découvre carrément le plateau de tournage en plongée, accentuant cette idée de faux, de factice …
Dans la deuxième partie, les rideaux tombent un à un et le film se transforme en thriller policier plus classique. On sort peu à peu du royaume de la pacotille et de l'illusion. L'intéressant, c'est qu'on en sort par l'image, par l'angle de vue de la scène qui ne reflète pas forcément toute la vérité.
Mais j'aime aussi la conclusion pas si banale. L'enquête est terminée et les coupables qui ont gâché la fête ont été punis. Heu, oui et non.
Le héros qui a réussi à démanteler le complot politique n'est qu'un héros en trompe-l'œil. De retour sur le plancher des vaches, la réalité va le rattraper. La fête est définitivement terminée.