Les sitcoms et les télénovelas font parties d'un inconscient collectif, quand bien même elles auraient l'effet d'un sirop d'ipéca sur notre organisme. Mal écrites, mal jouées, mal réalisées pour la plupart, elles n'ont aucune pertinence cinématographique et ne sont qu'un prétexte à une boulimie télévisuelle pour spectateurs enclins à seulement se divertir devant une oeuvre, somme toute, faite pour ça... rien de préjudiciable après tout.
Mais certaines oeuvres d'art de grands auteurs se servent de ce modèle médiocre pour mettre à mal nos repères. Pour rester dans le domaine des séries, il vient à l'esprit Twin Peaks de Mark Frost et David Lynch, avec cette photographie inspirée des sitcoms et son jeu d'acteur volontairement bancal pour certains acteurs, il n'est pas compliqué de comprendre cette intention de mise en scène comme une volonté de perdre le spectateur.
Dans le film dont il est question dans cette critique, cette idée, de reprendre les codes des productions télévisuelles à faible valeur artistique pour en faire un propos intelligent, est très présente. Dans Society, le choix de faire un héros terriblement encré dans son époque, à travers son look, sa façon de parler et de se comporter avec ses contemporains (pas très intelligent, cool, en besoin d'intégration...), le présentant comme le petit bourge de base avec sa villa sur Beverly Hills, constamment baignée dans le soleil de la côte californienne, est un choix judicieux et plein de sens. Utiliser le format 1:33 est d'une pertinence incroyable car il renvoie à une référence qui trompe le spectateur pour cacher le fait que c'est en fait un parti pris artistique. En effet, ce ratio de cadre renvoie à celui de la télévision des années 80, petits postes carrés qui squattaient les salons de vos mères quand elles étaient jeunes. Mais quand on creuse dans le film et que l'on découvre la tendance paranoïaque de notre héros, on découvre que le choix de cadre prend une toute autre dimension, celle de la claustrophobie et de la sensation d'enfermement qu'il ressent au vu de ce qu'il constate au quotidien de sa vie idyllique.
L'intelligence contamine également le titre du film: Society. Ambiguë s'il en ai, car il peut tout simplement souligné l'environnement dans lequel se déroule le film, à savoir une société idéalisée, sans prise de tête, avec des liens sociaux qui se lient, se brisent et se réparent, bref... une oeuvre teen movie rafraîchissante... Mais ce titre peut très bien représenter un complot se cachant dans les bas-fonds de cette même société idyllique...
Le film nous insalle confortablement devant ce qui semble être une petite comédie, un teen movie sans prise de tête. Mais que nenni... Je refuse de continuer cette critique tant il est nécessaire de ne rien savoir de la seconde moitié du film, même si le découvrir ne constitue pas un spoil.
Simple point noir nuisant au propos; une réalisation qui ne va pas jusqu'au bout de ses ambitions, qui aurait dû contrastée beaucoup plus d'une moitié à l'autre du film, histoire de briser encore plus les repères dans lesquelles le long-métrage s'était pourtant échiné à installer...