C'est un film qu'on peut regarder comme un nanar des débuts du parlant, Henri Diamant-Berger étant un mauvais cinéaste qui tournera, précisément, beaucoup de navets en cette période. Avec de l'indulgence et le goût de la curiosité, on peut aussi le voir comme un vestige du patrimoine de la période, avec la chanteuse Damia en actrice rare, au sens où elle a peu paru au cinéma, parce que, pour le jeu, ce n'est vraiment pas brillant. Elle chante des complaintes amoureuses sur un mode, comment dire, très expressif qui fait lui aussi parti du patrimoine de la scène.
Damia a l'excuse de ne pas être comédienne, ce qui n'est pas le cas de Marguerite Moreno, qui récite, et d'Henri Rollan, pas encore sorti du cinéma muet. Concernant la distribution, et c'est complètement anecdotique, on aura la surprise de voir Pierre Larquey, même pas cité dans le générique, dans le court rôle d'un commandant de navire -mais pas de bateau en vue, tout est tourné en studio, le plus vite possible sans doute, ce qui expliquerait pourquoi les acteurs sont si mauvais.
L'histoire est celle de Sola, une chanteuse célèbre subitement sans ressources et contrainte de stationner dans un hôtel français de Singapour. Evidemment, pour l'exotisme, on repassera.
Le sujet vise le mélo ; c'est creux et les dialogues confinent au remplissage. Mais le vrai problème du film, c'est sa mise en scène. Diamant-Berger fait du théâtre, et du mauvais. Que des plans fixes et, surtout, il n'y a pas de scène où un comédien ne soit aussi, ou plusieurs, ou tous en même temps ! Ce qui, au théâtre, pour une question de rythme, est fortement déconseillé... Un film planplan, donc, vite fait mal fait.