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Étonnant film que ce Soldier Blue, créé en pleine guerre du Vietnam dans un but allégorique, et hybridant le road movie romantique sous influence de la contre-culture avec le western révisionniste ultra-violent. Car si un encart textuel nous prévient en introduction du caractère graphique du final sur un ton sentencieux et désabusé, on est presque amené à l’oublier tant les trois premiers quarts du métrage de Ralph Nelson nous plongent dans une ambiance autre.
On y suit la traversée à pied du Colorado de deux personnages que tout oppose. D’un côté la pragmatique et charismatique Cresta (Candice Bergen, point fort du film), ex femme d’un chef Cheyenne et marginale chez les blancs qui possède le street wise du désert. De l’autre, Gant, un soldat qui a perdu son régiment, un bleu idéaliste, plein de préconceptions peu pratiques à la survie qui vont être mises à mal par la brutalité de l’Ouest sauvage, miroir d’une humanité affranchie des règles de la société.
On y retrouve du Malick dans cette façon de trivialiser ces hommes dans une nature englobante, du Butch Cassidy and the Sundance Kid dans l’utilisation d’une musique moderne et groovy anachronique (merci au podcast Total Trax de m’avoir fait découvrir le compositeur Roy Budd et cette oeuvre par la même occasion). Le ton y est léger et l’amour fleurissant, tout juste quelques soubresauts sanguinolents viennent-ils aiguiser l’appréhension du spectateur. On suit les pérégrinations du couple débutant sans déplaisir, elle s’adoucissant, lui perdant de ses illusions et adoptant le point de vue pro-natif de sa compagne.
Puis vient le massacre historique de Sand Creek, que l’on débute en piétinant le drapeau américain tombé au sol pour se désolidariser du barbarisme qui va suivre. La violence à l’image est inouïe et d’autant plus percutante qu’elle tranche radicalement avec l’odyssée libertaire qui précédait. La plupart des détracteurs de Soldier Blue décrient cette rupture de ton et l’exploitation gore de ce final qui démontreraient d’un manque flagrant de subtilité. Mais elle pour moi nécessaire au message qui n’a aucunement besoin d’être subtil.
La frontalité de cette boucherie n’est pas gratuite, et fait écho direct à Mỹ Lai qui arrivait aux oreilles du public en 1969. Pourquoi vouloir faire dans la broderie alors que l’on est à ce moment là en train de tuer, violer et mutiler des centaines de civils à l’autre bout du monde tandis que les américains se la coulent douce au bercail? Pourquoi prendre des pincettes pour accuser la brutalité militaire qui se perpétue sans qu’il n’y ait de conséquences pour les fautifs? Alors décapitons des enfants à l’écran, montrons la cavalerie scalper leurs victimes et arborer leurs membres en trophées, ne cachons pas les viols en groupe, car tout ceci s’est passé, et se passe encore aujourd’hui. Soldier Blue cherchait à attiser la contestation sur le sol américain, mais n’en a pas eu l'occasion car le film a été boudé Outre-Atlantique, trop critique des militaires, trop violent pour un western.
Devant cette bestialité bien trop réelle, la réaction du spectateur ne peut être que celle de Gent : avoir envie de gerber.