Le moins que l'on puisse dire c'est que Something Weird est un film qui porte particulièrement bien son titre. Réalisé par Herschell Gordon Lewis le père du gore, le film est une très étrange histoire de tueur en série, d'enquête paranormal et de sorcellerie. Et si globalement le sujet est plutôt original pour l'époque le résultat quant à lui est bien proche du nanar que de l’œuvre visionnaire.
Something Weird raconte l'histoire de Mitch un type bien ordinaire qui après avoir été électrisé par un câble à haute tension se retrouve doté d'un sixième sens et de pouvoirs paranormaux. Partiellement défiguré par de graves brûlures, il fait un pacte amoureux avec une sorcière pour retrouver son visage de beau gosse et dans le même temps il accepte d'épauler des policiers désemparés qui ne parviennent pas à arrêter un tueur en série qui s’attaque à de jeune femmes.
Mine de rien faire un film en 1967 avec un enquêteur possédant des pouvoirs extrasensoriels afin d'appréhender un tueur en série me semble une approche assez originale du thriller pour l'époque. Malheureusement le film manque de toute évidence de budget; de maîtrise d’écriture et d'application de la part de son réalisateur qui n'a jamais été clairement reconnu pour l'excellence de ses mises en scène. Le film commence par une succession de scènes assez abruptes et disparate à peine reliées entre elles, on y voit un meurtre un peu cheap dans le générique de début, puis deux types qui discutent en faisant des katas de karaté, puis un couple sur un divan avec la fille qui dit que son compagnon l’électrise avant de finir par la séquence montrant le héros se débattant avec un câble à haute tension comme si c’était un serpent. Something Weird s'installe ensuite dans une routine extrêmement bavarde et d'autant plus lassante que l'ensemble du casting et la direction d'acteurs sont loin d'être de qualité. Heureusement la relative médiocrité de l'ensemble permet de ne pas trop s'ennuyer à l'image des apparitions d'une sorcière au maquillage des plus sommaire avec pustules, dents pourries et rire démoniaque, une sorcière que d’ailleurs seul le héros peut voir à son état naturel car pour les autres elle ressemble à une jolie jeune fille des plus classique. On discute donc beaucoup, assez faux et souvent pour ne rien dire dans Something Weird et l'enquête policière qui aurait dû être le moteur de l’intrigue se retrouve assez longtemps reléguée en arrière-plan tandis que le héros fait des démonstrations de ses pouvoirs extra sensoriels lors de séquences d'ésotérisme de divination et de chasse aux fantômes.
Mais le plus grand plaisir que l'on prendra devant Something Weird vient de ses séquences les plus amusantes et ringardes qui titilleront l'esprit gentiment moqueur des amateurs de nanar. Parmi ces scènes on notera une séquence dans laquelle le héros Mitch est censé entrer en lévitation sur une chaise, en petit malin qu’il était Herschell Gordon Lewis se contentera de faire le flou autour du personnage tandis que sa caméra s’abaissera tout doucement donnant la vague illusion que l'acteur qui gesticule du fessier sur son siège et effectivement en train de s'élever. Autre scène assez amusante avec un personnage qui se fait attaquer par sa couverture durant son sommeil, magie de l'illusion et perfection des effets spéciaux on verra clairement le fil qui tire la couverture et pour le reste l'acteur se contentera de batailler avec le bout de tissus comme si ce dernier était vivant et belliqueux dans un moment digne de Frank Drebin luttant contre une serviette éponge lancée à son visage. A noter également les vertus du pansement à l’alcool avec un personnage qui après s’être fait mordre durement à la main se fait un bandage imbibé de whisky, qu’il suce histoire de ne pas gâcher et quand il le retire deux secondes après y-a pu de bobo et surtout pourquoi s’emmerder avec un maquillage de morsure. Le temps de quelques nouvelles apparitions amusantes de notre sorcière de fête foraine, quelques coups de feu aux bruitages plus hilarants que les silencieux d'un film de Lautner et l'on arrivera à la conclusion un peu tordue d'un film qui l’est tout autant et qui décidément possède vraiment quelque chose de très étrange.
Si l’on connaît essentiellement les films gore de Herschell Gordon Lewis, ils représentent la partie immergé de l’iceberg d’une filmographie remplie de bizarreries sur pellicule dont Something Weird est un parfait exemple