Une promenade erratique en pays limbique qui - si elle s'avérait de prime abord entièrement stimulante sur le papier - devient redoutablement ennuyante une fois couchée sur l'écran. De la même façon qu'avec Leviathan Paravel et Castaing-Taylor abolissent ici les frontières de toutes sortes séparant le réel filmique de l'expérience immersive, la fiction du documentaire, la concrétion des corps et les babillements poussés jusqu'à l'abstraction d'un "narrateur endormi". Sauf qu'ici rien ne marche - ou presque - tant le film semble avoir été réalisé en pilotage automatique par le couple de cinéastes : rien n'est donné à voir a contrario du film sus-cité et du plus récent De Humani Corporis Fabrica, documentaire choc de l'année 2022 particulièrement édifiant en la matière...
Somniloquies semble vouloir rendre hommage à la scène expérimentale new-yorkaise des années 60-70, de Stan Brakhage à Marie Losier en passant pas les fameuses "bribes de beauté" chères au cinéaste Jonas Mekas. Si la texture des images n'est pas sans rappeler un film majeur tel que The Text of Light l'intérêt semble moins résider dans la forme plastique en elle-même que dans son association avec le déroulement verbal, logorrhéique du narrateur invisible. En résulte un objet XP au parfum d'inabouti se voulant peut-être psychanalytique et/ou freudien dans sa conduction digressive mais qui relève davantage de la prétention que d'autre chose au final. En d'autre termes le film de Véréna Paravel et Lucien Castaing-Taylor n'a pas d'autre réel intérêt que sa note d'intention certainement ténue et limitée dans sa portée fondamentale. Je me suis fermement ennuyé.