Sons Of The Neon Night se présente comme une fresque criminelle hors norme. Hong Kong, 1994, dans une version alternative à la veille de la rétrocession. Une guerre fratricide pour un empire pharmaceutique, un territoire, des familles qui se déchirent. Le film affiche d’emblée son ambition ample et opératique.

Dès l’ouverture, cette ambition prend la forme d’une accumulation de fusillades et d’attentats filmés sans véritable point de vue. La violence surgit partout, de manière frontale, indifférenciée. Or cette neutralité finit par saturer le regard. Quand tout explose, quand tout le monde meurt, plus rien n’a de valeur. Les ralentis, nombreux, balles suspendues et corps chutant , esthétisent réellement la violence. Mais dramatiquement, ils restent creux.

Ce flottement visuel se prolonge dans la narration. On sent qu’il manque des pans entiers du récit. Si le premier montage atteignait plusieurs heures, cela se ressent à l’écran. La fragmentation pourrait traduire la complexité morale du récit et la multiplicité des points de vue, elle pourrait même devenir le principe structurant du film. Mais l’absence de tissu émotionnel reliant les fragments transforme la structure en puzzle opaque dont il manque des pièces essentielles. On a moins l’impression d’une construction éclatée que d’un film amputé.

La mise en scène semble pourtant chercher une cohérence dans le mouvement. La caméra, souvent circulaire, gravite autour des personnages comme pour signifier un enfermement dans la répétition de la violence. Toutefois, cette mobilité constante ne s’accompagne pas d’un véritable ancrage spatial. On se retrouve perdu, non dans une confusion signifiante qui traduirait le chaos du monde, mais dans une indistinction spatiale qui rend l’action illisible. Les scènes paraissent tronquées, les conflits davantage esquissés que vécus. Le policier ténébreux parle en énigmes, figure attendue du genre. On perçoit ce que le film convoque, mais il demeure dans la silhouette plus que dans l’incarnation. La guerre fraternelle annoncée se dilue progressivement dans la multiplication des sous-intrigues.

Cette dilution est renforcée par le travail plastique. La palette grisâtre, exsangue, installe un climat d’épuisement cohérent avec l’idée d’un monde en fin de cycle. Mais cette monochromie homogénéise les affects. La noirceur s’étale sans modulation. Les espaces post-industriels, tunnels, hôpitaux, architectures abandonnées s’enchaînent sans véritable sens. On admire la direction artistique, indéniablement soignée, mais on peine à se situer. Le worldbuilding est riche, presque luxuriant, et pourtant désorienté.

Ainsi, Sons Of The Neon Night demeure une œuvre curieuse, ambitieuse, visuellement opulente, qui réinterprète le thriller hongkongais dans un registre post-apocalyptique désaturé. Il reste un objet de cinéma singulier, parfois fascinant, souvent opaque, dont la puissance plastique ne parvient pas toujours à compenser la fragilité narrative et celle du montage.

cadreum
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le 11 avr. 2026

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