Ma note : 8/10
Avec Sous la ville, Agnieszka Holland propose une œuvre forte, dure, mais nécessaire. Inspiré d’une histoire vraie, ce film retrace le parcours d’un groupe de Juifs polonais contraints de se cacher dans les égouts de Lvov pour échapper aux nazis, aidés par un employé municipal d’abord intéressé, puis transformé. Ce n’est pas seulement un film de guerre, mais une plongée dans l’ambiguïté morale des êtres humains confrontés à l’horreur.
L’un des grands mérites du film réside dans sa mise en scène. Holland choisit l’obscurité comme décor principal, ce qui renforce l’oppression et l’angoisse. La caméra se fait intime, souvent au plus près des corps, des regards et des silences. Cette approche rend l’immersion totale, presque physique. On ne regarde pas seulement des personnages survivre, on les suit dans leur quotidien étouffant, entre espoir et désespoir.
Le personnage central, Leopold Socha, est particulièrement intéressant. Loin du héros traditionnel, il commence comme un opportuniste prêt à tirer profit de la situation. Mais peu à peu, son humanité surgit, de manière hésitante, douloureuse, crédible. Son évolution est subtile et ne tombe jamais dans la caricature. Cela rend sa trajectoire d’autant plus touchante. Le jeu de l’acteur Robert Więckiewicz est d’ailleurs remarquable de sincérité et de retenue.
Les autres personnages, bien que parfois moins développés, contribuent à renforcer la tension dramatique. Le film n’idéalise personne : même les victimes ne sont pas présentées de manière univoque. Chacun lutte avec ses limites, ses peurs, ses contradictions. C’est justement cette absence de manichéisme qui donne à Sous la ville toute sa profondeur.
Cela dit, quelques longueurs dans la narration – notamment vers la fin – peuvent atténuer l’impact émotionnel. Certaines scènes auraient gagné à être plus resserrées. Néanmoins, cela n’enlève rien à la puissance du propos et à la sincérité de la démarche artistique.
En conclusion, Sous la ville est un film bouleversant, qui interroge sans juger. Il parle de survie, de solidarité, de lâcheté et de courage dans un monde où l’humanité est mise à nu. Sombre, mais porteur d’une lumière fragile, il mérite d’être vu, surtout pour ce qu’il dit sur les choix humains face à l’indicible. Un film qui ne laisse pas indifférent, et dont les images restent longtemps en mémoire.