Premier long métrage du grand Elem Klimov cette comédie méconnue, affichant des dehors charmants mâtinés d'insouciance, passe néanmoins au crible tout un milieu socio-politique de l'URSS des années 60 : un camp de pionniers soviétiques au coeur duquel le groupe règne au détriment de l'individu. Vue à travers les yeux d'enfants attitrés à des activités estivales redoutablement organisées cette fable, moins légère qu'elle ne le semble de prime abord, cultive un sens de la farce burlesque particulièrement bienvenu. Bien que la critique du régime communiste apparaisse en permanence en filigrane ce regard de jeunesse mêlé de naïveté et de vérité sert à merveille le propos de Klimov, rendant le visionnage des plus plaisants et des plus digestes.
D'un point de vue purement technique le film est une petite maestria : jouant magnifiquement sur les échelles de rythme et de plan ladite fable évoque tout aussi bien la splendeur formelle des premiers films de Andreï Tarkovsky que le surréalisme de Luis Bunuel ( notamment lors d'une vision d'un jeune bambin volant par-delà les plages, vision rappelant les scènes de rêves du chef d'oeuvre Los Olvidados...). La modernité artistique de Klimov, arrivant dans le contexte d'une URSS réhabilitant douteusement Staline et ses méthodes dictatoriales ( le film sort en 1964, année de la prise du pouvoir par Brejnev ) nous épargne toute forme de thèse ou de démonstration idéologique facilement envisageable, privilégiant le ludisme visuel, musical et narratif de son métrage. En résulte un spectacle élégant mais gentiment satirique, passionnant à suivre dans un premier temps et à décortiquer dans les suivants.