Il est de notoriété publique que Stanley Kubrick fut embauché en cours de route par Kirk Douglas, acteur vedette et producteur de "Spartacus". Echaudé par le réalisateur précédent (Anthony Mann), Douglas préféra le licencier et engager celui qui l'avait dirigé dans "Paths of Glory" quelques années plutôt. Ce qui explique que "Spartacus" soit un film assez impersonnel, ou du moins que la patte de Kubrick y soit presque invisible.
Pour autant, c'est un solide et spectaculaire péplum... qui prend également d'énormes libertés avec l'Histoire ! Si le succès du film a popularisé et romancé la révolte des esclaves de Spartacus, il est aussi bourré d'anachronismes, de simplifications, d'omissions (Spartacus fut par exemple légionnaire avant d'être gladiateur !), ou d'erreurs. Ca n'empêche pas la réussite de ce que l'on voit à l'écran.
Le célèbre scénariste Dalton Trumbo, ancien membre du parti communiste blacklisté pendant le maccarthysme, a orienté le film sur un aspect révolutionnaire. Imaginant les esclaves opprimés prenant leur revanche sur les oppresseurs. Tout en évoquant les manigances politiques à Rome... ainsi que quelques sous-entendus homo-érotiques (Crassus qui admet aimer "les huîtres autant que les escargots"). Le scénario fait en outre la part belle à l'humanité des personnages, Spartacus en tête, colosse au coeur tendre, incarné par un Kirk Douglas très impliqué, n'hésitant pas à apparaître vulnérable.
Le tout est mis en scène de manière assez somptueuse, entre les hordes de figurants, les nombreux costumes, et le tournage en décors naturels (Espagne et Californie). Ce qui permet quelques plans épiques.
Je regrette que les batailles soient rapidement expédiées, même si le dernier affrontement permets des plans dingues. Dont cette célèbre scène, choquant à l'époque, de Spartacus amputant un soldat romain sur le champ de bataille. Mais si ces scènes sont courtes, elles permettent de développer l'aspect politique de l'oeuvre et l'humanité des personnages.
Pas un "vrai" Kubrick, mais un péplum chaudement recommandé.