Lenzi livre avec Spasmo son dernier véritable thriller de machination avant de se tourner vers le poliziottesco. Le réalisateur pousse ici les codes du giallo jusqu'à leurs limites, privilégiant la multiplication des rebondissements à la crédibilité de son intrigue. Dès les premières minutes, le spectateur est plongé dans un univers où rien ne semble stable. Les rencontres improbables, les disparitions, les faux-semblants et les changements d'identité s'enchaînent à un rythme soutenu, au point que le récit paraît parfois avancer uniquement pour surprendre. Lenzi construit un véritable labyrinthe narratif dans lequel la vraisemblance passe clairement au second plan. L'intrigue, souvent alambiquée, finit par donner le sentiment que chaque scène invente une nouvelle règle, jusqu'à un dénouement aussi inattendu que déroutant.

Cette faiblesse scénaristique est toutefois compensée par une ambiance particulièrement réussie. Les paysages côtiers, les villas modernes, les espaces désertés et, surtout, les mannequins mutilés disséminés dans la nature confèrent au film une étrangeté durable. Ces silhouettes inertes, à mi-chemin entre l'objet décoratif et le cadavre, constituent l'une des images les plus marquantes du giallo des années 1970 et participent pleinement au climat de malaise entretenu par Lenzi. La partition d'Ennio Morricone accompagne avec élégance cette atmosphère ambiguë. Alternant passages mélodiques et expérimentations plus inquiétantes, elle renforce le sentiment d'irréalité qui imprègne l'ensemble du film.


En revanche, l'interprétation se révèle très inégale. Robert Hoffmann peine à donner de l'épaisseur à son personnage et la version française, affublée d'un doublage particulièrement maladroit, accentue encore cette impression de distance. Les dialogues perdent en naturel et certaines scènes dramatiques sombrent involontairement dans le ridicule. Imparfait, parfois excessif dans sa volonté de dérouter le spectateur, Spasmo demeure néanmoins une œuvre singulière. Plus qu'un puzzle policier réellement satisfaisant, le film vaut aujourd'hui pour son pouvoir de fascination, son esthétique insolite et son atmosphère presque surréaliste. Un giallo atypique, dont les qualités visuelles et musicales l'emportent finalement sur les invraisemblances de son scénario.


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