Réalisé par le très prolifique et controversé Umberto Lenzi, "Spasmo" (1974) est probablement l'un des giallos les plus sous-côtés. Certains spectateurs ont été déconcertés par le caractère décousu de l'intrigue, mais c'est précisément cette irrationalité qui lui confère un intérêt particulier. Accompagné par l'excellente BO d'Ennio Morricone, ce thriller atypique baigne dans une atmosphère énigmatique et inquiétante, entre érotisme sous-jacent et paranoïa. Sur le plan esthétique, certaines scènes évoquent les œuvres de Bunuel, Man Ray, Dali ou encore Leonor Fini, et l'influence du surréalisme est encore plus flagrante au niveau de l'intrigue : on assiste à une sorte de cauchemar éveillé où se mêlent mystère, étrangeté, sensualité, meurtres et folie. La photographie très lumineuse et le décor de rêve (dans tous les sens du terme) des côtes italiennes renforcent cette permanente sensation d'irréalité. Particulièrement intenses, le dernier quart d'heure et la chute sont d'une force saisissante. Peut-on pour autant parler de chef-d'oeuvre ?...Non, car en dépit de grandes qualités, "Spasmo" laisse un léger goût d'inachevé. Parmi ses points faibles : des dialogues assez bas de gamme et une interprétation inégale. Mais ce giallo onirique au parfum surréaliste n'en reste pas moins une très belle réussite ayant gardé son pouvoir d'envoûtement. L'un des nombreux joyaux méconnus du 7ème Art.