À l'origine, il s'agit d'une pièce de théâtre de Broadway, "The Front Page" créée en 1928. Elle fut adaptée au cinéma à trois reprises en 1931 par Lewis Milestone (je ne connais pas), par Howard Hawks en 1941 sous le titre "La dame du vendredi" (je l'ai vu puisque enregistré dans mes tablettes mais ne m'en souviens pas) puis par Billy Wilder en 1974, objet de ce papier …
Il s'agit principalement d'une féroce comédie, dans les années 1930, sur le fonctionnement de la presse et sa recherche du scoop prioritairement sur la vérité (c'est quoi déjà, ça, la vérité ?). En l'occurrence divers journalistes sont présents au tribunal pour "couvrir" la pendaison d'un homme condamné pour le meurtre d'un flic et soupçonné d'activités subversives communistes. En fait, le dangereux criminel, révolutionnaire de surcroît, se révèle n'être qu'un pauvre hère, meurtrier par accident, qui comprend à peine ce qu'il lui arrive.
Mais Wilder en profite pour aborder différents autres problèmes sur le fonctionnement de la justice qui dépend des échéances électorales municipales dont celles du sheriff. Quand on tient un "bon" condamné, il est de bonne politique de l'exécuter un peu avant les élections. Et si un recours en grâce vient gâcher la fête, il est de bon ton de l'égarer, le temps de l'exécution. Et s'il vient à s'échapper, ce qui est ici le cas, tout aussi accidentellement que le meurtre pour lequel il est condamné, c'est le moment de déclencher de grandes manœuvres bien visibles, avec la presse en appui, pour montrer toute l'efficacité de la police, afin d'assurer le vote "familial".
Bien évidemment, tout ce beau monde, police et journalistes, n'est qu'un panier de crabes dont le seul souci est de tirer la couverture à soi. Au détriment du voisin, du collègue ou du subordonné, tant qu'à faire.
Jack Lemmon joue un journaliste, surdoué pour écrire des articles à haute sensation mais veut quitter ce monde pourri pour se marier et vivre une vie propre, ailleurs ; parviendra-t-il à échapper à son rédacteur en chef (Walter Matthau) qui ne veut à aucun prix le laisser partir et en a-t-il si envie que ça, au fond ?
Le condamné à mort parviendra-t-il à échapper à la sentence et à profiter du recours en grâce ?
Deux personnages féminins, propres, surnagent au-dessus de ce marigot infect. L'une, une jeune Susan Sarandon, la fiancée de Jack Lemmon. Elle n'en finit pas de découvrir sa personnalité et le monde dans lequel il se complait …L'autre, c'est une prostituée, seul soutien du condamné à mort. Elle prend sa défense devant la meute de journalistes qui veulent la soudoyer : "ce n'est pas parce que je suis une pute que je ferai n'importe quoi pour de l'argent". Carol Burnett (je ne connais pas du tout) est magnifique dans son rôle positif.
Le film reste une comédie très enlevée et certaines scènes sont réellement hilarantes comme celles du professeur viennois venu interroger le "condamné à mort", ridicule dans ses questions "freudiennes" complètement déplacées. Mais la satire, très pertinente, que Billy Wilder tire de ce film à travers ces imbroglios entre presse, politique et justice est elle suffisante pour remuer la conscience du spectateur sur des questions sérieuses comme la peine de mort ou le comportement débectant de la presse ? Il est à craindre que l'exercice soit, malheureusement, un peu vain.
Le film reste bon à prendre, quand même …