Spencer
6.4
Spencer

Film de Pablo Larraín (2021)

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Problèmes de princesse ? Oui, mais...

Pauvre princesse qui a des malheurs de princesse, qui est trompée, bloquée dans son rôle traditionnel, qui se plaint de la richesse quand certains meurent de faim. Dès les premières minutes, les aversions sur le sujet sont oubliées. Larrain est là pour faire du cinéma, ambitieux, et très immersif. Et en effet, la princesse est au bord du gouffre, psychologiquement. Seule, entourée de visages qu'elle ne voit plus, terrassée par les regards et les chuchotements, isolée dans une famille qui ne la tolère que parce qu'elle est la mère des princes. La tradition royale pèse sur les épaules de Lady Diana, adulée par les foules, mais étrangère dans sa propre famille. Sa famille, ce sont "ils", ils prennent les décisions, ils sont la famille royale, une unité parfaite, sans surprise, qui jamais ne déroge aux traditions ni aux diktats dûs à leur rang. Comme avec le sublime Jackie, Pablo Larrain nous offre donc le moment de vie essentiel d'une célébrité de notre époque. Parfaitement joué par une Kristen Stewart peu ressemblante mais très investie, Lady Diana est montrée ici dans ses tourments, sa détresse de princesse. Dans la vaste demeure royale, cernée par les domestiques zélés, par le faste des décors ancestraux, la jeune femme est tourmentée, cauchemarde, ne peut arriver à l'heure à aucun des rendez-vous familiaux. Elle n'a aucun moment d'intimité avec sa famille, Charles n'apparaît que très rarement, les autres ont à peine une figure. Quant aux enfants, tant qu'ils sont dans cette cage dorée, ils ne sont plus ses enfants mais Les Princes. La caméra du cinéaste semble obsédée par la princesse. Comme elle, nous sommes étouffés par les murs dorés, pris de vertige, noyés dans ses situations cauchemardesques, la scène de la soupe aux perles par exemple flirte carrément avec le film d'horreur. Comme on le disait, Larrain n'a pas choisi les acteurs pour leur ressemblance avec les protagonistes mais bien pour leur caractère. Il ne raconte pas leur histoire mais bien les états d'âme de chacun. Pour les adeptes de biopic qui ne connaissent pas le réalisateur, ils seront déçus. Pour les autres, Spencer est au niveau de Jackie et Neruda, c'est à dire immersif, violent, et surtout flamboyant.

fabs8
8
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le 14 janv. 2022

Critique lue 69 fois

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