7
325 critiques
Spencer Trashy
Elle dit “fuck”, elle se fait vomir, elle se scarifie, elle provoque, elle annonce qu’elle va se caresser la belette… Non, il ne s’agit pas de Nancy Spungen — la vilaine petite amie de Sid Vicious —...
le 26 sept. 2022
Voir le film
C'est vraiment bizarre, je n'arrivais pas à m'expliquer pourquoi j'y allais à reculons. Pourtant, rien que le nom de Pablo Larraín aurait dû me faire courir. Après No, Neruda et Jackie, je devais forcément me précipiter. Et en fait non, j'ai fait traîner l'affaire, j'ai même pensé ne pas y aller, puis finalement je me suis décidé quand mon cinéma habituel a programmé une prolongation. L'affaire Diana ne m'intéresse pas particulièrement, je ne suis pas fan de Kristen Stewart, mais tout ça est secondaire. Le nom qui aurait dû m'attirer, c'était celui du réalisateur. Alors quoi ? D'où pouvait venir ma réticence ? C'est seulement hier matin, 48 heures après avoir vu le film que ça m'a éclaté au visage.
Comment j'ai pu oublier Ema ? La dernière rencontre avec Pablo m'avait tellement déplu que ça n'avait laissé qu'une vague impression négative, presque insaisissable.
Paradoxalement, la première image d'Ema m'avait marqué (le feu tricolore incendié), puis le film s'était lentement dilué dans le ridicule, alors qu'ici tout commence en douceur, sur un plan ultra classique de la campagne anglaise. Quand Larraín tente de parler de son époque et de rendre son cinéma concret, c'est généralement un échec (en tout cas, ça ne marche pas sur moi). J'attends chez lui le flottement, l'abstrait, l'introspection rendue sensible. Spencer a tout ça, mais prend le temps de l'amener. L'intégrité de la famille royale comme bien suprême et intouchable est un classique des films sur ce sujet, mais il est ici traité au plus près de son personnage principal. Il y a presque un mécanisme de film fantastique : la justesse de la reconstitution - on pense à Downton Abbey ou Gosford Park, évidemment - met du temps à se désintégrer. La musique de Jonny Greenwood accompagne ce doux mouvement vers l'étrange et le dérangeant, c'est ce qu'il fait de mieux.
Bon, la métaphore de départ n'est pas très subtile : Diana se perd. Elle se perd sur la route, dans ses souvenirs, dans sa paranoïa grandissante, dans sa sensibilité exacerbée. Diana interprète tout comme une agression extérieure, et la grande force de la mise en scène est de nous mettre dans le même état. Chaque regard, chaque remarque peut être comprise de deux manières (reproche ou inquiétude sincère ?), et nous sommes systématiquement du côté de Diana : les attaques viennent de toutes parts. Autre exemple, la pesée. Tradition "just for fun" et un peu ridicule, elle devient effroyable, source de soupçon : sont-ils en train de contrôler son régime alimentaire ? Son anorexie prend grâce à ça la forme d'une sorte de résistance : si elle ne peut diriger sa violence contre la famille royale, alors elle doit à coup sûr la diriger vers elle-même (idem pour la pince coupante, à la fois instrument de mutilation et de libération).
Elizabeth règne sur le film d'une manière étonnante. Elle distille le calme et la sagesse, compréhensive et pourtant implacable. L'opposition des deux femmes face à la responsabilité de leur statut ne fait que les rendre plus humaines. Distante mais humaine : l'équilibre que Diana ne trouvera jamais.
L'impossibilité de s'exprimer participe à un ambiance de plus en plus étouffante. Jusqu'à la scène du basculement, de loin la plus belle du film. Diana réussit à se ménager un moment de liberté avec ses deux fils, mais même là le spectre de la famille plane au dessus de leurs têtes. Ils ont besoin d'un jeu pour se dire les choses, la vérité doit être voilée. Des deux frères, seul le plus vieux semble vraiment conscient de ce qui se trame. La détresse s'insinue entre les rires. En quelques regards, Larraín a tout capté.
Je suis moins convaincu par les dernières minutes du film et les flashbacks. L'essentiel a déjà été abordé, ces scènes ne font que souligner et expliquer, ça ne me semble pas très utile. D'accord, il y a cet effet de carte postale, le bonheur qu'on sait de courte durée, mais le film réussissait jusque là à fonctionner indépendamment de notre connaissance de la suite des évènements.
Il restera cette image de Kristen Stewart filmée en contre-plongée. Elle se tient de travers, la tête penchée, on dirait qu'elle voudrait échapper à la caméra et au monde.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2022
Créée
le 4 févr. 2022
Critique lue 36 fois
7
325 critiques
Elle dit “fuck”, elle se fait vomir, elle se scarifie, elle provoque, elle annonce qu’elle va se caresser la belette… Non, il ne s’agit pas de Nancy Spungen — la vilaine petite amie de Sid Vicious —...
le 26 sept. 2022
4
332 critiques
‘Spencer’ était un biopic qui promettait beaucoup car Pablo Larrain en a réalisé deux, l’un sur l’écrivain Pablo Neruda et l’autre sur la première dame Jackie Kennedy, et Kristen Stewart avait déjà...
le 2 janv. 2022
7
514 critiques
Avec Spencer, Pablo Larrain s’attelle une nouvelle fois à déconstruire le genre du biopic. Au lieu de retracer toute la vie d’un personnage, allant d’un époque à une autre, il prend la grande...
le 14 mars 2022
6
10 critiques
Après la déception de The French Dispatch, j'avais peur que Wes Anderson finisse par s'enfermer dans son propre style, comme si la symétrie pouvait tourner à vide et étouffer le cadre, comme si la...
le 17 juin 2023
3
10 critiques
Il y a certains Chattam que j'aime bien, mais depuis quelques temps, j'ai l'impression qu'il persiste dans une veine pas folichonne dont tous les défauts m'ont sauté aux yeux dès les premiers...
le 15 janv. 2023
2
10 critiques
Preuve éclatante qu'il ne suffit pas d'amasser des clichés pour que ça devienne drôle. En général, les délires méta ont vraiment tendance à me gonfler et je n'ai pas d'attirance particulière pour le...
le 20 mars 2022
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème