L’Apothéose Contrariée : quand Sony corrompit la trinité fielleuse
Une entité extraterrestre ténébreuse, tombée du firmament tel un incube parasitaire, s’insinue dans l’âme du jeune arachnide et en exacerbe les penchants les plus vindicatifs, le muant en une créature vaniteuse et vengeresse jusqu’à l’outrance. Cependant que resurgissent, tel un chœur de spectres implacables, le meurtrier paternel métamorphosé en golem de sable et l’héritier Osborn dévoré par sa propre rancune, un rival abject s’empare des reliquats de cette engeance symbiotique pour engendrer, à son tour, une nemesis vénéneuse. Une trinité de vengeances entrelacées où le héros, corrompu par ses propres démons intérieurs, doit reconquérir sa rédemption.
I. Une prodigalité budgétaire mise au service de la poésie
Que ce fût là, en son temps, l’entreprise cinématographique la plus dispendieuse jamais échafaudée n’empêcha nullement Sam Raimi d’y instiller une lyrique et une ténébreuse gravité qu’on n’eût guère attendues d’un pareil mastodonte commercial. L’artisan, loin de se laisser engloutir par la machinerie industrielle qu’on lui confiait, réussit néanmoins à divertir tout son saoul, assurant un spectacle dont la munificence visuelle demeure, encore aujourd’hui, malaisément égalable.
II. Une mise en scène demeurée souveraine
La réalisation, malgré les vicissitudes qu’on devine, conserve une vigueur formidable : les séquences d’action y exhibent une virtuosité technique et une inventivité chorégraphique qui forcent l’admiration, témoignant d’un savoir-faire quasi compagnonnique que peu de cinéastes contemporains sauraient égaler avec pareille aisance.
III. Marko, ou la tragédie plutôt que la scélératesse
Fort heureusement, le film s’écarte du vil archétype du félon assoiffé de domination : Marko, mû par la seule nécessité de soigner sa progéniture souffrante, se mue en figure tragique dont l’infortune suscite davantage la commisération que l’exécration — nuance dont on créditera volontiers le scénario, tant elle échappe aux poncifs éculés du genre.
IV. Le poison vindicatif comme fil directeur
Là où le premier opus s’attachait aux affres de la responsabilité, et le second au renoncement de soi, cette troisième livraison explore avec une acuité méritoire le venin corrosif de la vengeance. Peter, Harry et Eddie, tous trois rongés par une même rancœur intestine, se font miroirs les uns des autres ; le symbiote n’y est que la matérialisation tangible d’une haine déjà tapie en chacun d’eux, préexistante à toute intervention exogène.
V. L’absolution préférée au triomphe martial
L’on saluera enfin cette résolution qui, contre toute attente, délaisse l’apothéose belliqueuse au profit du pardon mutuel : la réconciliation entre Peter et Flint Marko, tout comme l’ultime rapprochement, quoique funeste, avec Harry, donnent au dénouement une portée morale que peu de superproductions contemporaines osent encore embrasser.
VI. Une audace précieuse face à l’uniformisation ambiante
Devant la standardisation croissante qui afflige aujourd’hui la production super-héroïque, j’encense volontiers cette hardiesse, cette largesse et cette griffe personnelle dont le réalisateur a su empreindre son œuvre. Je ne saurais dissimuler mon penchant pour ce film, nonobstant les tares que je me dois, en toute probité critique, de lui reconnaître.
V. Un embouteillage narratif regrettable
Le récit s’échine à faire cohabiter une pléthore d’intrigues simultanées — l’Homme-Sable, le Nouveau Bouffon, Venom, la corruption du symbiote — au point que la trame s’en trouve parfois congestionnée, immolant la respiration dramaturgique sur l’autel de la surenchère événementielle.
VI. Le cas Venom, ou l’ingérence des studios
Le nœud du problème réside dans ces différends créatifs majeurs qui opposèrent Raimi à Sony Pictures : le cinéaste ambitionnait de concentrer son récit sur une confrontation intime entre Peter, Harry et Marko, quand le producteur, flairant l’engouement juvénile pour Venom, en imposa l’intégration contre le gré même de l’artisan, lequel jugeait ce personnage dénué de toute humanité rédemptrice. Il en résulta une précipitation calamiteuse : l’origine allogène du symbiote, la déchéance d’Eddie Brock et son alliance expresse avec Sandman durent s’y engouffrer à la hâte, si bien que Venom n’apparaît guère plus d’un quart d’heure à l’écran — immolant, du même coup, l’approfondissement dramatique qu’eût mérité Harry Osborn.
VII. La phase ténébreuse de Peter, un égarement cocasse
L’on ne peut, il est vrai, réprimer un sourire narquois devant cette phase « obscure » du héros — mèche corbeau rabattue sur le front, démarche chaloupée arpentant le trottoir avec une fatuité grotesque —, laquelle dérouta le public par son incongruité involontairement bouffonne. Peter y devient arrogant, dragueur pesant et crâneur jusqu’à la caricature, entre son solo de piano jazzistique et ses œillades conquérantes — égarement tonal qui, pour risible qu’il soit, demeure au fond attachant par sa sincérité maladroite.