Il y a des films qui traversent le temps sans jamais perdre leur éclat. Celui-ci, je l’aime depuis des années. Je le connais par cœur, je le revis à chaque visionnage, et il est devenu bien plus qu’un simple film : il est culte pour moi. SPINAL TAP. Il est lié à des souvenirs, à des émotions précises, à une époque de ma vie, à mon amour du Métal.


Alors forcément, l’annonce de sa suite provoque un sentiment étrange, presque contradictoire. D’un côté, mon attente est immense : la curiosité, l’espoir de retrouver cet univers et ces mecs que j’aime tant, la promesse de nouvelles émotions. Et en même temps, il y a la peur. La peur que la magie se dissipe, que ce qui était parfait n’ait pas besoin d’être prolongé, que la suite abîme ce souvenir précieux. Cette suite est donc à la fois terriblement attendue et profondément redoutée. Un rendez-vous inévitable entre l’enthousiasme et la crainte, entre l’envie d’y croire et la peur d’être déçu.


Alors que sont-ils devenus ? David St. Hubbins (Michael McKean) signe des musiques d’ambiance pour des podcasts. Nigel Tufnel (Christopher Guest) tient un magasin de fromage. Derek Smalls (Harry Shearer) a écrit un étrange opéra rock symphonique (le passage est savoureux!) et est le propriétaire du Musée de la colle. Pour une raison contractuelle, le groupe doit se reformer afin de donner un ultime concert organisé par la fille de leur ancien manager. De fait, Spinal Tap se met à la recherche d’un batteur...


C’est sa force et sa faiblesse = ST2 avance constamment dans l’ombre de celui de 1984, comme s’il dialoguait avec lui. On y retrouve le groupe plongé dans des séances de répétitions tendues où les échanges acides tiennent lieu de moteur comique. L’introduction de visages plus jeunes, en particulier celui de Valerie Franco dans le rôle de Didi, batteuse provisoirement épargnée par le funeste sort de ses prédécesseurs (la malédiction du groupe est que, tôt ou tard, tous les batteurs meurent), vient bousculer cette mécanique bien huilée. Elle apporte une respiration bienvenue à un ensemble qui, par moments, semble un peu tourner en rond, multipliant les clins d’œil appuyés à ses propres gags récurrents.


La liste des invités est exhaustive. J’ai trouvé les passages succulents de Fran Drescher, de Lars Ulrich de Metallica ou Chad Smith des Red Hot, où ces deux derniers se renvoient la patate chaude pour ne pas devenir le nouveau batteur du groupe. C’est la présence de Paul McCartney, puis d’Elton John, qui interprète le légendaire morceau «Stonehenge» sur scène, qui marque davantage. Mais leurs présences, certes témoignent de quelques enjeux comiques, mais ne font pas fondamentalement avancer le récit.


La poilade est moins frontale qu’autrefois, mais laisse davantage de place à une douce mélancolie. Là où le film gagne réellement en épaisseur, c’est lorsqu’il s’autorise à ralentir et à regarder ailleurs : vers la finitude, la transmission, la perte de sens d’une industrie musicale devenue machine à cash, mais aussi vers la possibilité d’un apaisement, voire d’une forme de rédemption. L’attachement que je ressens pour ces vétérans du heavy n’est finalement pas si éloigné de celui que suscitaient, des décennies plus tôt, leurs versions jeunes et arrogantes.


En son temps, Rob Reiner s’était amusé à dynamiter les codes du hard rock. Aujourd’hui, il revient dans un paysage où la satire semble presque superflue : ce qui paraissait excessif hier est devenu la norme, et ce qui relevait de la caricature s’est banalisé. Le cinéaste en tire une conclusion simple et efficace : nul besoin d’en rajouter lorsque la seule présence de ces trois figures fatiguées suffit à évoquer le passage du temps, l’érosion de la célébrité et la menace de l’oubli. «Spinal Tap II» ne cherche ni à surpasser son aîné, ni à crier plus fort. Il observe, avec calme et lucidité, une époque obsédée par la répétition et la résurrection permanente de ses propres légendes. Et voir Spinal Tap remonter sur scène une fois de plus n’a rien d’un simple clin d’œil nostalgique, je me suis dit que la plaisanterie, finalement, continue de résonner bien au-delà de sa chute annoncée.


Difficile pour moi de ne pas évoquer ici la disparition tragique de Rob Reiner Le 14 décembre dernier, le réalisateur et son épouse Michele étaient retrouvés poignardés à mort dans leur maison de Brentwood, à Los Angeles. Quelques heures après la découverte de leurs cadavres, le fils du couple fut arrêté. Plusieurs éléments ont vite permis aux enquêteurs de conclure à un terrible parricide, débouchant sur l’inculpation de meurtre avec préméditation. Il y a des cinéastes qui disparaissent, et d’autres qui restent. Par leurs images, leurs silences, leurs obsessions, ils continuent de dialoguer avec nous bien après leur départ. Pour ma part j’adorais la manière unique de Reiner de raconter les êtres et le temps. Aujourd’hui, il nous laisse ses films en héritage : «Stand by Me», «Princess Bride», «Quand Harry rencontre Sally», et aujourd’hui ce «Spinal Tap 2 : The End Continues»... Des œuvres vivantes, prêtes à être revues, redécouvertes, et aimées encore. C’est peut-être là la plus belle façon de ne jamais vraiment mourir.


Maxime-Beaulieu
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le 29 avr. 2026

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