Spinning Man
5.4
Spinning Man

Film DTV (direct-to-video) de Simon Kaijser (2018)

Voir le film

On pourrait presque voir Spinning Man comme un discret exercice de funambulisme sur la corde raide de la mémoire. Le film s’ouvre sur une question anodine : « Avez-vous parfois des trous de mémoire ? » qui, dans la bouche de Guy Pearce, résonne comme un écho troublant à son passé cinématographique. Mais là où Memento disséquait la mécanique du souvenir avec la précision d’un horloger, ce nouveau thriller préfère s’attarder sur l’envers du décor : ces petits mensonges que l’on se raconte pour survivre à soi-même. Evan Birch, professeur de philosophie engoncé dans son confort bourgeois, voit sa vie basculer quand une étudiante disparaît. Sa voiture, sa présence au lac, ses antécédents troubles tout l’accuse, mais rien ne le condamne vraiment. C’est dans cet entre-deux, cette zone grise où la culpabilité devient affaire de perception, que le film trouve sa véritable matière.


Ce qui fascine, au fil des interrogatoires entre Guy Pearce et un Pierce Brosnan en enquêteur trop poli pour être honnête, c’est cette lente érosion des certitudes. Leur dialogue n’est pas un duel, mais une valse hésitante où chacun tente de lire dans les silences de l’autre. Le détective Malloy, loin du flic de série, semble presque compatir ou peut-être est-ce là sa plus redoutable ruse. Pendant ce temps, la femme d’Evan, incarnée par une Minnie Driver d’une justesse désarmante, creuse sa propre galerie de doutes, découvrant un rouge à lèvres oublié comme on met au jour une faille dans le réel. Le film excelle à montrer comment l’innocence elle-même, quand elle est trop défendue, finit par ressembler à un aveu.


Reste que cette mécanique subtile achoppe sur sa conclusion. À vouloir trop préserver le mystère, le scénario de Matthew Aldrich semble hésiter entre plusieurs dénouements, comme si la peur du point final l’empêchait d’assumer pleinement sa direction. Les amateurs de résolutions nettes en seront pour leurs frais. Mais peut-être est-ce là, justement, le propos : dans cette incapacité à trancher, à dire si Evan est victime ou prédateur, le film nous tend un miroir bien plus troublant. Après tout, dans la vie réelle, combien de vérités restent-elles à jamais suspendues entre ce qu’on a fait et ce qu’on a rêvé de faire ? C’est cette honnêteté dans l’inconfort, portée par des acteurs au sommet de leur art, qui fait de Spinning Man une expérience moins spectaculaire que durablement irritante au meilleur sens du terme.

Créée

le 9 mars 2026

Critique lue 17 fois

Critique lue 17 fois

1

D'autres avis sur Spinning Man

Spinning Man

Spinning Man

4

Caine78

8969 critiques

Plaisir... coupable ?

Un film diffusé en première soirée sur NRJ12 est rarement gage de qualité, mais cette intrigue policière, aussi classique soit-il, et la présence au casting du duo Guy Pearce - Pierce Brosnan avait...

le 12 juin 2019

Spinning Man

Spinning Man

6

TylerD99

841 critiques

Critique de Spinning Man par TylerD99

Un thriller bon dans l'ensemble. On plonge vite dans l'histoire grâce à une bonne écriture du scénario. Les acteurs jouent bien également, j'ai bien aimé Pierce Brosnan dans le rôle du flic...

le 14 oct. 2018

Spinning Man

Spinning Man

5

Fatpooper

14229 critiques

Mémoire en eau trouble

Après "Paterno" qui semble critiquer le mouvement #MeToo (on y montre des gens perdre leur emploi, leur vie à cause de l'opinion publique), voici "Spinning Man" qui, à nouveau, tourne autour des...

le 21 août 2018

Du même critique

The Last Viking

The Last Viking

9

La-derniere-seance

195 critiques

Drôle, brutal et d’une justesse psychologique remarquable

Dans la comédie noire surréaliste d'Anders Thomas Jensen, Mads Mikkelsen est magistral en Manfred, un homme dont l’existence bascule lorsque son frère cambrioleur, Anker, est arrêté. Ce dernier lui...

le 10 févr. 2026

The Bride!

The Bride!

2

La-derniere-seance

195 critiques

Quand Barbie rencontre Frankenstein

Il y a des projets qui sentent la naphtaline avant même d'avoir quitté la boîte de production. The Bride en est le parfait specimen : un Frankenstein décharné qui traîne sa carcasse entre le clip...

le 4 mars 2026

Les Rayons et les Ombres

Les Rayons et les Ombres

10

La-derniere-seance

195 critiques

Dans la tête d'un collabo

Le Rayon et les ombres n’est pas un film de plus sur la Collaboration. Xavier Giannoli fait le choix courageux de la lenteur et de l’ambiguïté pour traquer, en trois heures quinze, ce qui se passe...

le 19 mars 2026