Saint Bill et Dieu Murray
Pour sa première réalisation, Theodore Melfi nous offre une comédie douce amère, avec Bill Murray, toujours aussi impeccable, dans le rôle principal. Un acteur rare et pourtant omniprésent, entouré d'une aura, qui sied bien à son personnage de saint, mais pas vraiment politiquement correct.
Vincent McKenna (Bill Murray) est un homme solitaire. Il partage son temps entre les champs de course, les bars et la maison de retraite. Il fréquente "une dame de la nuit", Daka (Naomi Watts) et prend soin de son chat, Félix. De nouveaux voisins vont envahir son univers et surtout, le perturber. Il s'agit de Maggie Bronstein (Melissa McCarthy) et de son fils Oliver (Jaeden Lieberher). Par un concours de circonstances, il va devenir le baby-sitter d'Oliver, qui est surtout une source de revenues pour lui, du moins au début.
En 2011, le scénario de Theodore Melfi faisait parti des meilleurs scripts non produits de l'année. Il était voué à dormir au fin fond d'un tiroir, en attendant un coup de pouce du destin. Bill Murray tomba dessus, se reconnu dans le personnage principal et appela Theodore Melfi pour obtenir le rôle. La production pût enfin démarrer et le film voir le jour sur les écrans américains, mais pas français, une offense au talent de l'immense Bill Murray.
Bill Murray est entouré de Melissa McCarthy, en femme bafouée, venant commencer une nouvelle vie avec son fils. Elle est toute en sobriété, au point de devenir touchante. Au contraire de Naomi Watts, agaçante, avec son accent forcé d’Europe de l'est. Jaeden Lieberher est la révélation du film, un jeune acteur, tenant tête à un monstre sacré du cinéma. La réussite du film est dû à leur relation et leur complicité. Certes, c'est un schéma assez classique : le vieil homme solitaire et détestable, reprenant goût à la vie, face à un enfant innocent et émouvant. Mais avec ses deux interprètes, le classicisme de l'histoire ne pénalise pas le film, malgré une absence de surprises.
Malgré tout, cela n'empêche pas le film d'être peu passionnant, du moins dans sa première partie. Cela commence avec Bill Murray, racontant une blague très drôle, mais pas pour les autres clients du bar, ou il écume son whisky. Un de ses nombreux vices, mais le pire est surement son accoutrement : claquettes, chaussettes, shorts et chemise hawaïenne ouverte sur un débardeur crade. Décidément, il ne fait aucun effort, ni dans la forme, ni dans le fond, un cas désespéré......Jaeden Lieberher est son opposé, toujours propre et apprêté, mais c'est surtout dû à son innocence, celle que son exécrable voisin a perdu au fil des durs moments de sa vie. Mais derrière le masque, se cache un saint, celui du titre et à travers divers événements, il va se révéler et nous émouvoir. Il y a de la tendresse dans ce film. Elle n'est ni mièvre, ni ennuyeuse. Elle fait du bien, lors d'un final particulièrement réussi.
Le film prend son temps, il faut un peu de patience pour l'apprécier, mais avec la présence de Bill Murray, on y arrive sans problèmes. Theodore Melfi s'en sort bien pour un premier film, mais gagne à donner plus de profondeurs à ses seconds rôles. Terrence Howard étant un cliché, Chris O'Dowd est un peu mieux servi, mais rien de vraiment intéressant, le pire revenant à Naomi Watts. Au final, c'est une comédie dramatique, plutôt réussie, à voir surtout pour "dieu" Bill Murray.