On dit souvent que le titre d’un film qui identifie trop évidemment son sujet est voué à être un mauvais film. Stalingrad en est le contre-exemple parfait : c’est un grand film, sûrement le film de guerre le plus sous-coté de l’histoire du cinéma.
Stalingrad traite d’une bataille rarement représentée à l’écran. Il aborde le sujet avec un réalisateur français et un casting international, sans la moindre présence russe sur le tournage. Mais Jean-Jacques Annaud est un génie : à l’image de son film, il ne cherche pas à faire parler de lui mais reste pertinent dans ce qu’il veut montrer. Il n’y a pas de véritable parti pris ; il filme la guerre dans ce qu’elle a de plus cruel. Les scènes de bataille sont à couper le souffle, les décors représentant la ville meurtrie sont d’un réalisme total. Pour captiver le spectateur et éviter un énième film de guerre redondant, il offre l’un des plus beaux face-à-face du cinéma : celui entre un jeune Jude Law et un Ed Harris au sommet de son art.
C’est l’affrontement de deux idéologies au sein d’un immense tas de ruines, où les bâtiments, les civils, la vie même n’ont plus vraiment d’importance ; ce qui compte, c’est de gagner, de vaincre l’autre à tout prix. Le héros de l’Armée Rouge face à l’impitoyable officier SS.
Stalingrad raconte certes une bataille qui se déroule loin de l’Europe de l’Ouest, elle ne résonne pas autant dans notre chair que les combats sur les côtes normandes. Mais pour moi, ayant vécu à Moscou à l’aube des années 2000 et ayant vu ce film à cette même époque, il a une saveur toute particulière. Le film ne glorifie ni les armées, ni les États ; il met en avant des hommes prêts à se battre avant tout pour leur vie.
Le film est particulièrement touchant car, au-delà des scènes de guerre, il sait surprendre en jouant avec tes émotions, en montrant que n’importe quel personnage, peu importe son importance ou son âge, peut disparaître à tout moment. La pellicule est froide, comme ces hommes et leur environnement.
Bien sûr, pour certains films, l’émotion tient aussi à la nostalgie qui s’installe dans les cœurs. Stalingrad fait partie de ceux-là. Il bénéficie d’un réalisateur de grand talent, d’une actrice fantastique dont j’étais follement amoureux enfant, d’une musique épique signée James Horner, et, bien sûr, du fait d’avoir vu ce film dans le pays où se déroule l’intrigue. Je dois dire que j’ai même eu l’honneur de voir le fusil de Vassili Zaïtsev, fièrement exposé au musée.
Comprenez bien qu’en ces temps troublés de l’histoire, où les nations se réarment et cherchent à prouver leur force, Stalingrad ressurgit dans mon esprit pour rappeler que, lorsque la guerre menace, il est toujours bon de se souvenir de ceux qui en paient le prix.