Le film s'ouvre sur la porte de la chambre du Stalker, sorte de voyeurisme sur sa vie. On pénètrent son intimité, son quotidien profane augmenter par la photo sombre, froide. De surcroît, ce quotidien est sonorisé par ce train qui passe, entre angoisse et espoir de sortie de notre condition. La chambre est vétuste et austère, peu voir tristement décoré mais surtout franchement dépouillée. Notre héros reste volatile, aérien devant cette atmosphère mordante pendant que sa femme se fait un sang d'encre pour la survie de son couple et de son enfant. Alors avec la détermination de sauver les hommes de ce monde matériel et arctique, notre héros part faire sa tâche.
La figure de l'homme moderne est confronté à ce dilemme de l'égarement, entre science profane et nihilisme.
Nos deux protagonistes incarnent et ne cessent de transpercer l'écran tant ils résonnent en nous et font d'autant plus écho dans un monde qui ne cesse de s'avilir et de s'enlaidir par la Technique. Aussi le monde moderne questionne la place de l'homme dans celui-ci; à l'ère de l'IA, des réseaux sociaux produit d'un mondialisme débile qui n'a jamais été aussi intrusif pour l'âme et les esprits ce qui nous pousse au nihilisme. Nos personnages disais-je entretiennent un rapport de connivence, l'un engendre l'autre. Ainsi l'écrivain dans tout son orgueil et son absurde n'est que le produit, mécanisme d'autodéfense face à cette science profane. Automate en pilotage robotisé, automatisé frigide à la chaleur du Sacré.
Dans un élan de grâce le Stalker essaiera de tisser ce lien ténu entre la foi et nos protagonistes, de manière plus large avec le monde sacré. Mission périlleuse car les hommes, la masse bestiale, le bas ventre interdit l'accès à ce monde symbolisé parce ces policiers tous en uniformes qui tirent au fusil sur nos protagonistes.
C'est ici que se situe le plus gros point de tension du film. Le monde profane en opposition au monde sacré serti par la photographie où l'on passe du noir et blanc à la couleur dès lors qu'on y pénètrent. Par ailleurs, dès l'entrée dans la Zone des sonorités aux allures de drone expérimentale, accompagnées de synthétiseurs et d'orgue aux textures vaporeuses viennent appuyer cette dualité. L'opposition est d'autant plus evidente, avec les passages de musique classique qui signalent l'erreur humaine qui vérole même la musique avec sa science. En effet, la musique est dépeinte par le Stalker dans son éloge comme une forme d'art pure qui permet l'accès au monde mystique dont je parlerais un peu plus loin. Les passages de flûtes et de drone, les chants d'oiseaux et bruits de l'environnement, mais surtout les longs passages avec seulement des bruits de gouttelettes qui tombent incarnent définitivement l'introspection et l'expérience mystique.
Le film prend des allures théâtrale lorsque chaque protagoniste expose son sens à la vie. Chacun trouve sa raison de mentir et de tricher la vie, l'un par une science abjecte, sans conscience; l'autre par sa plume qu'il a façonné à l'image d'une arme pour détruire l'idôle scientiste. Les deux sont piéger dans cette boue matérialiste, l'un est un inconscient et souhaite sauver le monde par sa science deraisonnable. L'autre, individualiste souhaite se faire roi par souci d'ego en fusillant le monde entier de sa plume, ils sont tout deux englués dans le marécage des idées. La résolution est apportée par le Stalker avec sa "parabole" sur la musique qui invite au dépouillement vis à vis des considérations de cette civilisation à l'instar des bagatelles qui jonchent le sol signe qu'il est possible de se mettre à nu face à cette vérité fondamentale et universelle puisque d'autres l'ont fait.
La Zone n'est pas pour autant sans risques, c'est un dédale de pieges mortelles que sont les idéologies ou les dogmes. L'écrivain se voyant forcé à poursuivre le chemin le premier, il est poussé dans ses retranchements. Celui-ci observe une crise existentiel lorsqu'il réalise qu'il s'est avili, qu'il n'ecrivait pour lui seulement à cause de l'ombre des autres. Il est une bête de foire condamné à écrire selon les autres à l'image du juif immortel errant dans le désert dans l'impossibilité de trouver la paix. Arrivé devant la porte chaque protagoniste se révèle pleinement. L'écrivain boursouflé d'orgueil et incapable de s'abandonner à sa naïveté enfantine, l'instruction du Stalker. Le scientifique dans sa folie révèle qu'il vient pour détruire les derniers vestiges du monde sacré avec sa bombe qui est une référence évidente à Hiroshima et Nagasaki, mais aussi aux guerres et aux progrès techniques qu'elles engendrent; preuve de l'inconscience de cette science qui passe de la salvation à la destruction. Le Stalker passe également à table expliquant que c'est son seul gagne pain la foi, critique des dogmes peut être et une éloge du voyage initiatique seul et personnel ?
Ils se retrouvent donc face à cette pièce Symbole de Dieu, de l'Ineffable, de l'Un qu'il est impossible de regarder, la caméra se place en dedans de la pièce et filme nos protagonistes signifiant qu'on ne peut y voir que son propre reflet factice. C'est l'impresentable, celui dont on ne peut que se tromper sitôt qu'on essaye de le limiter par nos mots, la réalité éternelle, évidente et indifférente à notre foi ou non. C'est sur cette scène avec nos personnages interdit devant celle ci qu'on retourne au monde profane au son du trolley. L'homme moderne est resté hermétique à ce voyage, ils restent avec leur angoisses cristallisé en la figure du chien noir. La dernière lueur d'espoir réside en cet enfant dernier plan en couleur qui regarde vers l'avenir et nous questionne personnellement nous, qui sera l'homme de demain ? Cet enfant, dernier lien avec la foi; avec le sacré; intact de la perversion du sceau de la civilisation aggravé d'humeur; sauvé par sa naïveté et sa foi...