Ayant une carrière cinéma aussi courte que fantastique, Bob Fosse réalise son Chant du cygne dès sa cinquième réalisation avec Star 80, où il revient sur la vie, malheureusement trop courte et tragique, de la playmate et actrice Dorothy Stratten.


Il s'appuie sur un scénario solide, avec une histoire classique basée sur le rêve américain mêlée au monde de l'érotisme, de voyeurisme ainsi qu'à des personnages plus ou moins sordides et jaloux qui vont être proches de la jeune star. Il fait aussi des choix assez astucieux, notamment celui d'occulter en partie les rôles secondaires, Hugh Hefner et Aram Nicholas (qui est en fait Peter Bogdanovich, il s'est même marié plus tard avec la sœur de Dorothy) en tête, ainsi que de plus en plus se concentrer sur le personnage de Paul Snider, agent intrigant et capable du pire, tout en continuant de suivre le destin peu commun de Dorothy.


Ce n'est jamais préjudiciable car Bob Fosse parvient à créer une alchimie entre ces personnages, tout en réussissant à capter l'essence de l'âme humaine, l'attrait de la gloire, le voyeurisme, la violence ou encore la jalousie maladive. Il capte parfaitement le contexte de son film, avec d'abord l'histoire de la jeune fille naïve élevée loin de la vie nocturne de la ville, puis le milieu morbide, froid et cruel du show-biz des années 1980, ainsi que sa folie, ses stars éphémères et l'anéantissement de celles-ci, souvent manipulées par des agents ou autres crapules.


Derrière le sexe, les dollars et les paillettes, il se cache un portrait touchant et triste et pour peindre ce tableau, Bob Fosse évite les poncifs et propose un parcours étrange, loin des sentiers battus. Il prend des risques dans la narration, avec un retour fréquent vers une séquence clé, et n'hésite pas à montrer la violence, psychologique ou physique, que l'on trouve dans ce milieu, avec parfois un aspect très cru. Il s'appuie aussi une bande originale d'enfer (The Band, Steppenwolf...) sans avoir besoin de balancer des morceaux déjà entendus et connus, tandis qu'il dirige avec brio ses comédiens, notamment la surprenante et jolie Mariel Hemingway, petite fille d'Ernest.


Chant du cygne pour l'immense Bob Fosse, Star 80 est un tableau peu reluisant du milieu du show-biz des années 1980, dépeint comme cruel et malsain, et au coeur de cela, il dépeint un portrait triste d'une âme anéantie par la folie, la jalousie maladive et la violence qui gravitent autour d'elle.

Docteur_Jivago
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le 7 mai 2020

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