En 2012, The Walt Disney Company annonce officiellement le rachat de Lucasfilm. Cette acquisition historique permet alors à Disney de récupérer l’intégralité des droits liés à plusieurs licences majeures de la culture populaire, parmi lesquelles Star Wars. L’annonce provoque immédiatement une onde de choc dans l’industrie cinématographique et au sein des communautés de fans. Beaucoup s’interrogent alors sur la capacité de Disney à préserver l’identité artistique de Star Wars. Mais ce qui surprend davantage encore, c’est l’annonce simultanée du développement d’une nouvelle trilogie cinématographique.
George Lucas choisit de prendre ses distances avec la production de la nouvelle trilogie. Cette décision s’explique par plusieurs facteurs, à la fois artistiques et personnels. D’une part, le cinéaste comprend progressivement que Kathleen Kennedy, devenue présidente de Lucasfilm après le rachat, ainsi que Disney, souhaitent orienter la saga dans une direction différente de celle qu’il avait imaginée. Lucas avait en effet proposé plusieurs traitements scénaristiques et esquissé des pistes narratives autour de nouveaux personnages, mais ces idées seront finalement peu exploitées. D’autre part, il lui devient difficile émotionnellement de rester impliqué dans une œuvre qu’il a bâtie pendant plus de trente ans sans en avoir désormais le contrôle créatif. Pour George Lucas, Star Wars représentait presque une extension de lui-même. Il préfère alors adopter une posture de spectateur, considérant que la saga appartient désormais à une nouvelle génération de créateurs chargés d’assurer son avenir.
Afin de lancer cette troisième trilogie : la postlogie, Kathleen Kennedy engage le scénariste Michael Arndt. Dans un premier temps, il travaille à partir des idées transmises par George Lucas, notamment concernant les nouveaux héros et le retour des anciens personnages emblématiques. Cependant, le projet évolue rapidement. Disney souhaite accélérer le calendrier de production tandis que la direction créative commence à s’éloigner des concepts initiaux de Lucas. Arndt peine alors à trouver une structure satisfaisante conciliant les attentes du studio, l’héritage de la saga et les exigences narratives d’un nouvel épisode. Après plusieurs mois de travail et différentes versions du scénario, il quitte finalement le projet.
J. J. Abrams et Lawrence Kasdan, scénariste de Star Wars, Episode V : The Empire Strikes Back et Star Wars, Episode VI : Return of the Jedi, reprennent entièrement le scénario. Ensemble, ils décident de revoir profondément l’approche narrative du film. Les idées de George Lucas sont progressivement abandonnées au profit d’un récit plus classique et plus proche de l’esprit de la trilogie originelle. Leur objectif est clair : reconnecter immédiatement le public avec l’univers qu’il connaît déjà, en privilégiant l’aventure, les personnages et la nostalgie plutôt qu’une rupture esthétique ou thématique trop importante.
En plus de participer à l’écriture du scénario, J.J. Abrams accepte de réaliser le film, alors qu’il avait initialement décliné la proposition de Disney. Le réalisateur craignait notamment la pression immense associée à un projet aussi mythique et hésitait à s’engager dans une production d’une telle ampleur. Toutefois, son admiration profonde pour George Lucas et Steven Spielberg finit par le convaincre. Abrams apparaît alors comme un choix particulièrement pertinent : cinéaste issu de la culture populaire américaine, il s’est déjà illustré par sa capacité à relancer des franchises emblématiques tout en modernisant leur esthétique, notamment Star Trek.
Dans sa mise en scène comme dans son écriture, J.J. Abrams conçoit son film comme une véritable lettre d’amour à la trilogie originale. Le film reprend volontairement de nombreux motifs narratifs et visuels du premier Star Wars, quatrième épisode, afin de recréer immédiatement un sentiment de familiarité chez le spectateur. La structure en trois actes demeure très proche de celle imaginée par George Lucas : un héros isolé découvre un conflit galactique, rencontre des alliés, fuit une menace impériale puis participe à l’assaut final contre une arme de destruction massive. Cette logique de symétrie constitue d’ailleurs l’un des principes fondamentaux de la saga selon Lucas lui-même, qui voyait Star Wars comme une histoire cyclique où les événements se répètent à travers les générations. Abrams reprend pleinement cette idée. Ainsi, comme dans le premier film, des informations cruciales sont dissimulées dans un droïde perdu sur une planète désertique. Ce droïde rencontre ensuite une héroïne solitaire, Rey, dont le parcours rappelle celui de Luke Skywalker. Le Faucon Millenium réapparaît également comme symbole de l’aventure et de l’héritage des anciens héros. De même, Starkiller Base agit comme une ré-interprétation de l’Étoile Noire, tandis que la disparition tragique du mentor reproduit un schéma déjà présent dans la trilogie originelle. Pour certains spectateurs, ces nombreuses similitudes donnent au film l’apparence d’un remake déguisé. Cette critique demeure difficile à réfuter tant les parallèles sont assumés, mais elle peut aussi être interprétée comme une volonté consciente de faire renaître l’esprit du Star Wars classique auprès du grand public.
Le défi principal du film réside alors dans sa double mission : lancer une nouvelle trilogie tout en réunissant plusieurs générations de spectateurs autour d’un même univers. Disney doit reconquérir les fans historiques ayant grandi avec la trilogie originale, parfois déçus par certains aspects de la prélogie, sans pour autant exclure les jeunes spectateurs découvrant Star Wars pour la première fois. Dans cette perspective, le recours à une forte dimension nostalgique devient une stratégie pleinement assumée. En multipliant les références visuelles, musicales et narratives aux films originaux, J.J. Abrams cherche à provoquer une émotion immédiate chez les anciens fans tout en offrant aux nouveaux venus une porte d’entrée accessible dans cet univers complexe. Plutôt que de proposer une rupture radicale susceptible de diviser le public, le réalisateur privilégie une approche rassurante et fédératrice. Le film fonctionne alors comme une transition : il réveille l’attachement du public à la saga tout en préparant l’émergence d’une nouvelle génération de héros appelée à prendre le relais des personnages historiques.
John Williams, figure indissociable de la saga, parvient une nouvelle fois à mêler continuité et nouveauté en réutilisant plusieurs thèmes emblématiques tout en créant de nouvelles compositions mémorables. Sa musique agit comme un lien direct entre les différentes générations de films et participe fortement au sentiment de retour dans un univers familier. Le thème associé à Rey constitue l’un des exemples les plus marquants de cette réussite. Mélodie douce, mystérieuse et évolutive, il accompagne le personnage dès les premières scènes et traduit à la fois sa solitude, sa curiosité et son destin encore inconnu. Ce thème devient progressivement l’une des signatures musicales majeures de la postlogie, démontrant que Williams demeure capable, même après plusieurs décennies, de renouveler l’identité sonore de Star Wars sans trahir son essence.
En 2015, Star Wars, Episode VII : The Force Awakens sort au cinéma rencontre un immense succès commercial. Le film impressionne notamment par sa capacité à renouer avec l’atmosphère de la trilogie originale tout en introduisant une nouvelle génération de personnages.
La famille Skywalker est toujours au centre du récit, à la nuance près qu’on inverse le problème ici. Anakin sombre dans le Côté Obscur en voulant protéger celle qu'il aime, Luke va tout faire pour sauver son père du Côté Obscur, ici, c'est le petit-fils de Dark Vador qui veut ressembler à son grand-père et finir ce qu'il a commencé. Kylo Ren lutte contre le bien qui est en lui. Il est, en cela, un personnage intéressant car il n'est pas encore totalement tombé du Côté Obscur. Il pousse son envie de mimétisme jusqu’à porter un masque pour prendre l’apparence et la voix du grand Seigneur Sith. Kylo Ren vaut surtout pour sa relation avec son père, Han Solo. Le climax du film est ainsi passionnant car, de tous les sacrifices des précédents opus, c'est celui qui est le plus poignant mais aussi le plus symbolique. Le discours de Kylo Ren, Ben Solo de son nom de naissance, vis-à-vis de son père est saisissant. En éliminant le père, il se libère enfin de son Côté Lumineux pour rentrer totalement dans le Côté Obscur.
Adam Driver fait un superbe travail de composition sur son personnage dont il magnifie la colère et l’impétuosité maléfique. Ses nombreuses failles tant psychologiques que sociologiques le rendent en outre complexe à souhait. Ce sont ses faiblesses qui le rendent fascinant jusqu’à la scène ultime contre son père dont la force narrative est juste incroyable. Le combat qui s’ensuit contre Rey et Finn est aussi intéressant en ce qu’il révèle sa trop belle assurance à prendre le dessus contre le renégat et la pilleuse d’épave, puis sa désillusion. Kylo Ren, alias Ben Solo, a donc encore beaucoup de choses à apprendre et à apporter dans les prochains épisodes.
Harrison Ford et Carrie Fisher nous font le plaisir de revenir. Ford, dans le rôle de Han Solo, a une classe incroyable et sait toujours rendre son personnage attachant. L’acteur qui voulait déjà que son personnage meurt dans la trilogie voit donc son vœu réalisé. Il va faire briller le contrebandier une dernière fois et de la plus belle des manières. Quant à Fisher, plus discrète, elle permet à Leia Organa de conserver toute son aura malgré le poids des années. Ses interactions avec Han Solo sont sincères et l’idée d’avoir séparé le couple permet de rendre bien plus crédible leur relation tout comme celle qu’ils entretiennent avec leur fils.
Le plaisir est toujours intact quand Chewbacca apparaît à l’écran, ainsi que, plus ponctuellement, les droïdes C3PO et R2D2.
Daisy Ridley, John Boyega et Oscar Isaac, incarnent le nouveau trio, qui reste le moins intéressant. Rey est attachante, mais les non-dits qui l’entourent la rendent assez transparente. Jamais dans un épisode Star Wars, autant de zones d’ombre n’avaient été laissées. À ce stade là, ce ne sont donc que des suppositions qui peuvent être faites sur Rey. Il vaut mieux ne pas chercher à deviner les révélations potentielles autour du personnage car fatalement, ces déductions risquent de décevoir tous ceux qui auront deviné de travers. Il est ainsi plus intéressant de se focaliser sur les aptitudes réelles de la jeune fille qui prouvent qu'elle est un être avec de fortes capacités et des facilités naturelles. Elle a ainsi le don de pilotage et de mécanique, ces deux aspects plaisent particulièrement à Han Solo qui retrouve dans la jeune fille, un peu de sa fougue d'antan et l’enfant qu’il a perdu. Rey trouve également dans Han Solo plus qu'un mentor, mais aussi le père qu'elle n'a jamais eu. Elle se retrouve d'ailleurs totalement bouleversée quand il est tué par Kylo Ren, alors qu'elle venait à peine de trouver quelqu'un sur qui compter. Finn se révèle au fur et à mesure. Son personnage permet de mettre en avant le système d’endoctrinement du Premier Ordre. Enfin, Poe Dameron jouit d’un incroyable charisme, mais fait regretter sa courte présence à l'écran.
Les personnages ont un solide socle pour la suite de la trilogie, de plus, J.J. Abrams a souhaité rapprocher autant que faire se peut son épisode de l'aspect et de l'ambiance de la première trilogie. La plus grosse conséquence de ce choix narratif est la limitation au maximum des écrans verts et le recours massif aux effets spéciaux mécaniques et à l'utilisation des marionnettes. Tout est ainsi bien plus palpable et réel que dans la prélogie.
Une autre conséquence de ce choix est sûrement l'aspect terrestre, comme pouvait l'être la trilogie, des décors, empêchant une certaine ambition visuelle qu'avait la prélogie. Pour autant, cette décision appuie encore plus cette impression de surplace qui semble avoir figé, aussi technologiquement que politiquement, la Galaxie durant trente ans.
Star Wars, Episode VII : The Force Awakens est à la fois l'épisode de la nostalgie et de la nouvelle génération. Il fait revivre à merveille les sensations que les anciennes générations ont vécues quand elles ont découvert Star Wars à la fois dans l'ambiance, les visuels et les effets spéciaux. C’est à l'évidence un film de transmission : un jeune réalisateur qui prend la suite de l'une de ses idoles, des anciens personnages qui s'effacent face à de nouveaux héros, une nouvelle génération de spectateurs qui découvre d'un oeil neuf ce que leurs grands frères ou leurs pères adorent depuis des années.