C’est avec grand plaisir que je découvre tant de critiques intelligentes – parce que critiques - sur Le Réveil de la Force, et ce surtout après avoir passé un certain temps loin de Senscritique. J’ai été incapable de ce recul, et emportée dans une fascination hypnotique, je n’avais, ce jeudi 17 décembre qu’une pensée en tête : que le film ne s’arrête jamais, et qu’il finisse par m’absorber complètement, jusqu'à dissolution complète. Il avait commencé depuis déjà une heure, j’ai regardé ma montre et poussé un soupir de soulagement : nous, moi et toute la densité de l’univers, qui s’était concentré soudainement dans la salle, n’en étions qu’à la moitié. C’était ce plaisir à l’état pur que le cinéma peut donner avec une force extraordinaire. Alors, les moments plus longs de la fin, leur caractère improbable - mais non dépourvus par là de proximité avec la facilité scénaristique de la première trilogie – je les ai absous. J’ai absous de même cet immonde et inexistant Kylo Ren, incapable de se dégager d’une contradiction porteuse du vide : ses colères d’enfant boudeur, ses remords de quelques secondes ne tiennent pas la route face à une débauche de monstruosité, étalée vulgairement mais non réellement pensée. Comme si montrer un événement suffisait pour le rendre crédible. Peut-être sont-ce tout simplement son visage ou sa coiffure, qui m’ont donné envie de rire fréquemment. Lord Byron face à papounet. J’ai beau jeu pourtant d’asséner ces critiques, quand mon cœur se soulève encore devant une disparition qui a nécessité deux jours de deuil.
La mise en scène des batailles est réussie : caméra fluide, qui ose la complexité technique, sans passer par le numérique. Abrams passe du papier ponce sur les séquences de jeu vidéo qu’on trouvait à foison dans les I-II-III, et sur cette débauche indigeste d’effets spéciaux. Il se rapproche ainsi de l’esprit de la première trilogie, sinon de sa qualité. Beaucoup de décors naturels, de scènes simples, classiques (au sens fort du terme) et belles par leur bonheur d’être : s’échapper d’un nid d’ennemis, chercher une disparue, se féliciter d’une manœuvre réussie. Abrams a aussi le mérite de réintégrer l’humour dans la saga, disparu dans la lave avec les moues d’Hayden Christensen et ses problèmes existentiels d’huître de pleine mer. Le mérite de la trilogie originelle est bien de ne pas se prendre toujours trop au sérieux. Une petite blague, pas toujours hilarante, certes, mais présente, sert souvent à détendre un climax dramatique. On retrouve cette alternance dans Le Réveil de la Force.
Le personnage de Rey a emporté toute mon adhésion, comme si la saga dépoussiérait enfin le rôle dévolu à ses héroïnes. Qu’on se souvienne des larmes incessantes de Nathalie Portman, de ses tenues ridicules, mais aussi de l’aspect « Damsel in distress » de la Princesse Leïa (pardon je blasphème). On a ici une héroïne parfaitement débrouillarde. Le comique de son tandem avec John Boyega fonctionne très bien. Il est beau de voir l’entreprise bulldozer, faussement naïve, dorer, ou marketer, son blason avec des héros nouvelle génération : une femme et un noir. L’apprentissage du sabre laser et la maîtrise de la force par la jeune demoiselle sont en revanche hautement improbables. JJ Abrams joue à déplacer les symboles : de nouveaux héros, un pilote féminin, des non-Jedi qui peuvent manier le sabre, etc . Il est vrai que ce travail est minime, englué dans un ensemble de clins d’œil, que je choisis d’absoudre (décidément), en les regardant comme des clins d’œil (appuyés, certes), non comme tentative de remake. Il est vrai qu’on aurait pu attendre autre chose qu’une énième Etoile de la Mort, que la Princesse Leïa aurait pu avoir un vrai rôle, que les relations entre les personnages auraient pu être dotées de plus de complexité, que l’intrigue aurait pu être plus réfléchie (la quête de Luke... au secours...), mais peu importe. C’est terrible, - ou pas ? -, je m’en fous.
Ce qui m’importe plus, c’est l’intensité de ces deux heures passées à voir rayonner sur l’écran la joie de mon enfance, avec son classeur Star Wars et la lecture avide, une fois par mois, du Lucasfilm Magazine.
Hélice
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le 19 déc. 2015

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