Il y a quelque chose d’immédiatement anachronique dans Stars at noon, deuxième expérience internationale de Claire Denis après l’étrangeté High Life. En déplaçant le cadre temporel du roman de Denis Johnson (le Nicaragua de 1984 est remplacé par le Nicaragua d’aujourd’hui), la réalisatrice réduit les enjeux géopolitiques de son modèle à un ensemble de signes liquides gouvernant la destinée d’une jeune journaliste en complète perdition, que Margaret Qualley interprète avec toute l’énergie du désespoir : devises locales à échanger contre des dollars et grandes rasades d’alcool à absorber sont les derniers oripeaux du film d’espionnage – les dernières James Bondieuseries, disons – dont Claire Denis donne une version décadente, tout à la fois alentie et survoltée, minimaliste et confuse. La passion de l’héroïne et d’un aigrefin britannique, rythmée par le ronron des ventilateurs et par les pluies diluviennes, entretient alors une sensualité d’une intensité devenue rare, car « gratuite » et débarrassée de toute arrière-pensée scénaristique.