Dans un futur proche, quatre jeunes gens s'engagent dans l'armée afin d'acquérir plus rapidement la citoyenneté fédérale et sont confrontés aux horreurs de la guerre contre des insectes géants d'un autre système solaire.
Starship Troopers dépasse largement le cadre de la critique de l'impérialisme américain tel qu'il fut présenté. À l'instar de ses personnages, Verhoeven tire tous azimuts sur nos sociétés et leur devenir qu'il pressent fascisant en nous présentant un monde globalisé dirigé par un conseil militaire aux élites en uniforme, déconnectées et incompétentes, un monde peuplé de sous-citoyens, dépouillés de droits politiques, de permis à la procréation, un monde dans lequel l'accoutrement des officiers et la fascination pour les sciences paranormales remémorent les lubies du petit Adolf...
Le "Hollandais violent" évoque les travers de nos sociétés et convoque quelques uns de nos bas instincts : médias propagandistes et voyeuristes dont l'interaction encourage à davantage de curiosité malsaine, glorification de la guerre, fascination pour les armes, peur et mépris à l'égard de civilisations exogènes, grégarisation de l'individu jusqu'à l'apparence de ses principaux protagonistes, poupées à la plastique parfaite et désincarnée dont le choix de la ville d'origine, Buenos Aires, premier refuge des Nazis après-guerre, ne peut être fortuit...
De la civilisation au fascisme, il n'y a qu'un pas.
Acerbe, mordante, la satire, pour forcer le trait, ne verse jamais dans la parodie grotesque et Verhoeven utilise avec brio la distanciation que lui offre le futur. Il utilise identiquement l'espace pour nous plonger dans une guerre certes lointaine mais éprouvante. Sous un déluge de tripes et de membres, les scènes dantesques s'enchaînent, filmées au plus près, drainant leurs lots d'actes héroïques, de morts idiotes, de corps brûlés, disloqués, simples miroirs de nos guerres terrestres.
Enrobée du vernis fictionnel et éloignée de plusieurs années lumières, la guerre demeure immuable.
Verhoeven maîtrise de bout en bout sa réalisation, alternant une ambiance soap évidemment ironique avec des séquences d'action parfaitement calibrées. Pour l'avoir visionné hier soir avec mes enfants, le film vieillit plutôt bien grâce à une sobriété peu coutumière du batave et des effets spéciaux qui tiennent encore la route. Casper Van Dien et Denise Richards ont la tête de l'emploi, Dina Meyer, qui joue également dans mon "plaisir coupable" préféré, s'en sort très bien, comme le fils de Gary Busey et c'est avec plaisir que l'on retrouve Michael Ironside en dur à cuire amputé.
Enfin, pour ceux qui s'inquiéteraient de l'absence de connotation sexuelle dans la chronique d'un film de Verhoeven, soyez rassurés, vous apprendrez lors d'une scène mémorable qu'un anus géant mal appréhendé peut littéralement vous sucer le cerveau...
"Sense of wonder", dépaysement, Paul Verhoeven utilise toute la matière de la science-fiction, pour mieux la transcender et ainsi enfanter un spectaculaire blockbuster transpercé par son esprit moqueur et acide.
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le 11 oct. 2021

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GrandTyrion

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