Né en 1938, le cinéaste hollandais Paul Verhoeven vécut sa petite enfance pendant l'occupation allemande. En 1997, des critiques américaines telles que le Wall Street Journal accusent son dernier film, Starship Troopers, d'être fasciste voire néo-nazi. Comment un cinéaste ayant vécu sous l'oppression hitlérienne pourrait réaliser un film prônant son idéologie barbare ? L'art de la distance et de la satire du « hollandais violent » n'a pourtant jamais été aussi corrosif et clair que dans ce qui semble être le brûlot politique le plus provocateur de son cinéaste.


Déjà en 1987 pour son deuxième film américain, Verhoeven présentait son RoboCop, pamphlet parodique de la politique sécuritaire reaganienne, où le cadavre d'un policier finissait manipulé par une corporation pour un projet de robot policier, censé être l'exemple parfait d'une police morale, incorruptible et infatigable. L'humanité du flic mort Alex Murphy reprenait le dessus, aboutissant à une résurrection, comparable à un « Jésus du futur » d'après les termes de Verhoeven. La corporation de l'OCP sera démantelée de l'intérieur, l'homme vaincra la machine comme le prouve l'affirmation du héros, se nommant lui-même « Murphy » au lieu de RoboCop. Par cette réplique, Verhoeven affirme sa personnalité de cinéaste, une négation d'être un rouage de la grande mécanique hollywoodienne. La carrière américaine du cinéaste sera dans cette continuité de contourner l'idée de faire des films bêtes et méchants pour Hollywood. Starship Troopers raconte l'histoire de jeunes soldats lancés dans une guerre spatiale contre des arachnides de l'espace. Difficile de faire plus simple, tant l'histoire ne nous vend aucune subtilité. Le film joue alors volontairement l'exagération de ses enjeux, aussi grossiers que possibles. Adaptant le roman de science-fiction Étoiles, garde-à-vous ! de Robert A. Heinlein que Verhoeven qualifie de militariste, le réalisateur hollandais, connaissant le facteur fasciste de l'oeuvre, choisit d'en exacerber les traits pour en faire une fable d'horreur grotesque et auto-parodique. Les scènes d'action, parfaitement filmées et violentes à souhait, sont présentes pour maintenir le spectateur dans une logique jouissive de divertissement désirée par l'industrie hollywoodienne, mais plus implicitement pour poursuivre une logique de destruction physique des personnages, les dégâts corporels complétant les symptômes psychologiques de l'institution militaire. Si le réalisateur aime filmer la violence, c'est dans une logique cathartique qu'il s'y prend.


La suite de la critique ici : http://fuckingcinephiles.blogspot.com/2020/05/touche-pas-non-plus-mes-90s-77-starship.html

Créée

le 20 sept. 2020

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