Eom Cheol-woo est un officier nord-coréen envoyé pour assassiner des dignitaires qui menacent le dirigeant suprême. Mais, lors d’un sanglant attentat, c’est bien le numéro un qui est visé. Eom Cheol-woo fuit avec le dirigeant suprême grièvement blessé ainsi que deux jeunes filles et se réfugie en Corée du Sud.
Yang Woo-suk est un réalisateur peu connu et Steel Rain est son troisième film. C’est une œuvre d’espionnage qui met en scène les conséquences internationales d’un coup d’État en Corée du Nord.
Ce qui frappe en tout premier lieu est l’effort de réalisme. À des années-lumière des blockbusters et des films d’action en général, Steel Rain dépeint la réalité dans toute sa crudité. Si le film n’est pas gore et garde même une certaine pudeur sur les blessures, il montre impitoyablement toute l’inéluctabilité de leur conséquence. Dans la réalité, une balle tue. Idem, les combats sont des bijoux de self défense très différents des habituels coups de pieds tournoyants.
Pour les Occidentaux, Steel Rain est un passionnant voyage au pays inconnu de la Corée du Nord. Loin de l’enfer décrit par la propagande, on y découvre une contrée assez semblable à ses voisins asiatiques. L’accent est surtout mis sur la similitude entre la population des deux pays. Au-delà des propagandes politiques, qui sont souvent le fait de puissances étrangères, le peuple est le même. C’est d’ailleurs le cri déchirant que pousse ce film finalement assez touchant au travers du personnage de Kwak Cheol-woo. La Corée est un pays coupé en deux par des forces extérieures et qui en souffre depuis un siècle. La population, à l’instar de la restauratrice, a souvent de la famille de part et d’autre de la frontière et n’aspire qu’à la fin de cette lutte fratricide. La Corée du Sud est également dépeinte comme une république fragile et la proie d’une horde d’agents étrangers. Les USA en prennent d’ailleurs pour leur grade dans cette œuvre.
Le scénario suit une narration dynamique alternant l’action avec des scènes émouvantes. L’humour n’est présent que grâce au personnage de Kwak Cheol-woo qui est le vrai héros du film. Si Jeong Woo-seong est bluffant de réalisme dans son rôle de soldat dévoué, Kwak Do-won parvient à donner à son personnage une dimension de sagesse et de lucidité stupéfiante. Évidemment, le film est un drame et il ne faut donc pas s’attendre à une fin heureuse. L’information est dévoilée dès la moitié de l’œuvre, donc ce n’est pas une surprise.
Caché sous un film d’action, Yang Woo-suk signe ici une œuvre émouvante, le cri d’un peuple souffrant d’un conflit larvé qui n’est pas le sien. Par le passé, la Corée a toujours été coincée entre de puissants voisins, et cette pression a provoqué sa scission au XXème siècle. Prions pour que le pays retrouve enfin son unité au siècle suivant.