Il est fort probable que les rares curieux à se lancer dans l’aventure « Stigmata » à l’époque et plus encore aujourd’hui étaient pour la plupart animés des intentions les plus nobles, à savoir satisfaire une curiosité documentaire, voire théologique en subissant malgré eux (il faut bien souffrir avant d’écrire) la vue des assauts démoniaques ou divin sur la pauvre et stigmatisée Patricia Arquette. Les autres, à la démarche plus futile, qui cherchaient uniquement le frisson à bas coût, ou pire encore à se délecter de la vision des marques sur le corps pas tout à fait disgracieux de la belle, en furent coup sûr pour leurs frais.
A l’évidence et à l’exception notable d’une scène (un peu) terrifiante, Stigmata , lorsqu’il tente d’inscrire son propos dans l’horrifique ne brille pas ,récitant laborieusement dans une colorimétrie flashy, les leçons mal apprises de la grammaire du cinéma d’épouvante à tendance religieux ; mais l’époque, l’année même, sensée projeter les dernières lueurs de l’humanité avant la fin du monde de l’an 2000, est pensait-on à Hollywood propice au commerce de la peur et à l’évocation de l’Apocalypse comme dans "le témoin du mal" un an auparavant, "La Fin des temps" (dans lequel Gabriel Byrne ici en soutane incarnait le diable) ou encore, "l’ imbouffable » les Ames Perdues, ou la frêle Winona Rider combattait Satan, encore.
Pour autant, "Stigmata" nourrit sous la plume de son scénariste, Paul... Lazarus, l’ambition bien modeste d’apporter quelques éléments nouveaux au sous-genre qu'est devenu le film de possession, ébauchant un personnage principal (Frankie), contrôlé par une entité divine et bien que non croyante, arborant les stigmates de la crucifixion.
La trame pourtant ne parvient pas à se défaire de l’influence de son modèle le plus prestigieux, reprenant le schéma narratif de l’Exorciste, la découverte lors de la visite d’un par un prêtre un prêtre enquêteur ici ou archéologue ailleurs, d’une relique susceptible de bouleverser le cours de la foi, ou le sort entier de l’humanité, une jeune femme/fille possédée se répendant en insultes en latin, en araméen tout en lévitant sans parachute. Mais dans Stigmata, le récit creuse un peu plus en profondeur, s’égarant dans dans une intrigue
complotiste au cœur des ténébreuses coursives du Vatican, avant de sombrer un peu dans la caricature et le joyeux bricolage autour de l’absolue révélation par la possédée des passages de l’évangile premier, celui rapporté directement des propos de Jésus par Thomas, écrit en araméen et achevant de définir les conditions ultimes de la foi, sans temple ni intermédiaire. Le film fait référence à un texte découvert en 1945 et présenté un temps comme le premier évangile mais datant en fait du premier siècle, au moins après JC et écrit en copte ou en grec selon les sources .
Pourtant en dépit de ses défauts évidents et de ses petits arrangement historiques, propres à nous faire perdre notre araméen, « Stigmata » fait figure d’objet attachant, perdu dans une esthétique urbaine et des personnages à la coolitude vestimentaire surannée des années 1990, mais provoquant toujours la sympathie et campé avec une certaine fantaisie par deux acteurs de premier plan à l’époque. Le métrage développe en son début, tout au moins, une belle atmosphère de thriller fantastique, et même l’arc le plus improbable
l’histoire d’amour entre la stigmatisée enfin délivrée de son calvaire et un prêtre sur le point de se défroquer
passe pour un moment d’égarement sympathique.