Stone Turtle
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Stone Turtle

Film de Ming Jin Woo (2022)

Woo Ping Jin est un des réalisateurs malaisiens les plus importants de sa génération et une figure centrale du cinéma indépendant en Asie du Sud Est. Dès son premier long métrage, Monday Morning Glory (2005), il fait parler de lui et débute une carrière remarquée dans les grands festivals internationaux. Ses films sont projetés à Cannes, à Berlin, à Venise, et son cinéma se caractérise par une grande liberté de ton et une capacité à naviguer entre les genres, alternant films d’auteur intimistes et œuvres plus ouvertement populaires, ce qui lui permet de toucher des publics très différents tout en conservant une identité artistique forte. Producteur et cofondateur de la société Greenlight Pictures, il a joué un rôle majeur dans l’émergence d’une nouvelle vague de cinéastes malaisiens. L’éditeur Spectrum Films le met à l’honneur en sortant un de ses derniers films, Stone Turtle, un thriller de vengeance qui joue avec le temps, entrecoupé de séquences d’animation, et qui fait partie de ces films qui ont le pouvoir de nous happer et de nous hypnotiser devant notre écran.


Le pitch de départ de Stone Turtle est assez simple, une histoire de vengeance somme tout assez basique, avec peu de personnages, se passant sur une île presque déserte. On y suit Zahara, qui s’occupe de la fille de sa sœur tuée par son mari. Elle vit modestement du commerce illégal d’œufs de tortues. Un jour, débarque sur son île Samad, un chercheur en université prétendant étudier un certain type de tortues qui ne se reproduirait que sur cette île. Dès lors, la vie de Zahara va prendre une tournure inattendue. Stone Turtle ne brille pas par ce qu’il nous raconte, mais plutôt par la façon dont il nous le raconte. Stone Turtle va utiliser le mécanisme de boucle temporelle et, à la 38ème minute, le film recommence. Quelques détails diffèrent mais notre héroïne a l’impression de déjà avoir vécu ce jour. Et puis ça recommence une troisième fois, avec de nouvelles différences et, petit à petit, les pièces du puzzle se mettent en place pour le spectateur. L’ensemble est entrecoupé de jolies séquences animées nous contant une légende, celle d’une tortue mâle qui est séparée de son véritable amour pendant une tempête. Très rapidement, on comprend que personne n’est qui il se prétend être. Alors que dans la première boucle temporelle, Zahara est celle qui lance l’agression contre Samad, on se rend compte dès la deuxième boucle que Samad y est peut-être pour quelque chose à cet excès de violence de Zahara. Il y a un point de départ à tout ça, un point de départ qui nous sera bien entendu expliqué lors du dernier acte bien que, après visionnage, on se rend compte que le réalisateur avait laissé des indices ci et là. Même la jeune fillette n’est au final pas celle qu’on nous présente en début de film. Il est clair qu’entre la narration éclatée et les informations qui nous sont données petit à petit, Stone Turtle peut paraitre parfois assez désordonné, même parfois surchargé malgré son rythme assez lent, mais c’est aussi ce qui le rend réellement hypnotisant car on a envie de savoir où son scénario va nous amener.


Stone Turtle est un film dont les thématiques centrales sont le viol et la vengeance. Dès la scène d’introduction avec ce féminicide à coup de grosse pierre, on sait que l’horreur sera inévitable et chaque boucle temporelle finira en violence sanglante. On a même l’impression que c’est cette violence qui relance la boucle temporelle avec comme idée qu’on ne peut pas échapper à son destin. Cette violence est rugueuse et certaines scènes font réellement mal (l’oursin) même si à aucun moment le réalisateur ne cherche à la styliser à l’inverse de son film, d’une vraie beauté plastique. Se déroulant quasi exclusivement en extérieur, Stone Turtle tire parti du paysage sauvage de cette petite île où tous les styles de décors sont présents : plages de sable fin, forêts denses, marais et autres falaises rocheuses. Des paysages d’une grande beauté mais où chaque recoin peut être dangereux, à l’instar de ce qu’il s’y passe. La photographie est superbe et la mise en scène de Woo Ming Jin, à la fois simple est millimétrée, sait parfaitement comment capter l’attention du spectateur. Le choix de cette robe rouge que porte le personnage de Zahara n’est pas anodin et capte immédiatement le regard, ce rouge qui est la couleur du danger dans la nature. La performance d’Asmara Abigail est d’ailleurs assez époustouflante, représentant à la fois le danger par sa robe rouge et son regard, méfiant, froid, mais également cette pureté absolue, doublée d’une certaine beauté, qu’on finit par deviner souillée par le patriarcat, renvoyant à la première scène âpre du film. Malgré la violence et les thématiques lourdes abordées, il se dégage du film une atmosphère mystique, parfois presque onirique, donnant à Stone Turtle un côté hors du temps et renforçant encore plus ce sentiment d’assister à une fable. Une fable belle et sauvage pour les adultes et qui nous donne l’impression de vivre un vrai moment de cinéma, certes imparfait mais ô combien hypnotique.


Bien que pas forcément facile d’accès, Stone Turtle est une œuvre assez fascinante, mêlant thriller, critique sociale et mysticisme, qui propose une expérience immersive avec sa mise en scène sensorielle et son atmosphère onirique.


Critique originale avec images et anecdotes : https://www.darksidereviews.com/film-stone-turtle-de-woo-ming-jin-2022/

cherycok
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le 2 mars 2026

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