Karin et Antonio se rencontrent de part et d'autre d'une barrière de barbelés, avant de se fiancer et de jurer fidélité. Mais parviendront-ils réellement à sortir de l'enfermement, alors qu'ils se dirigent vers l'inhospitalière île de Stromboli, ce petit bout de terre où règne un géant de lave. D'emblée, Karin s'y sent étrangère. Ces rochers noirs, cette cendre omniprésente, ces maisons monolithiques et mornes : tout lui fait horreur, même la majesté de l'océan qu'elle peut apercevoir depuis sa chambre. A vouloir exploiter l'opportunité d'un mariage blanc avec Antonio, elle a joué, a perdu, et s'est retrouvée coincée sur cette prison prête à exploser à la moindre éruption. Elle tentera pourtant d'enjoliver son foyer, comme le lui a recommandé le prêtre, mais l'archaïsme des mentalités ne cesseront de lui barrer l'horizon.
Roberto Rossellini dépeint avec dureté le repli sur soi et le conservatisme bête dont font preuve les petites communautés rurales, tout en se gardant d'un critique trop poussée de la place qu'y tient l'Eglise. Le prêtre ne cèdera pas aux avances de Karin et symbolisera la pureté de l'engagement religieux. La quête spirituelle semble être ce qui intéresse Rossellini au fond. La rédemption par un véritable rapport à Dieu, à travers la contemplation ou l'expérience sacrificielle. Ce ne sont pas les remontrances de ses voisines bigotes et intolérantes, ni la brutalité paternaliste de son mari, qui vaincront l'envie de fuite de Karin, mais bien la supériorité indépassable de la nature.
La dernière séquence, celle de l'ascension du Stromboli, le montre bien. On est saisi par ces images reflétant la petitesse et l'impuissance de l'homme - ou de la femme - face à la nature. "Soyez plus humble", ne cesse-t-on de marteler à Karin depuis le début. La voilà à genoux sur les flancs du géant qu'elle cherche à fuir (s'agit-il du Stromboli ou de Dieu ?) quémandant miséricorde et paix. Elle la trouvera, cette paix, après une nuit de prières, et finira par rebrousser chemin, demandant à Dieu de lui donner courage et compréhension pour accepter la vie à Stromboli. Malgré ce dénouement trop moralisateur et définitif à mon goût, la puissance des images évoquant d'abord l'enfermement, puis l'acceptation d'une grandeur infranchissable, ainsi que l'interprétation d'Ingrid Bergmann, troublante à souhait, l'emportent largement.