Cette phrase prononcée à deux reprises par l'avocat d'une prévenue au juge contient le sentiment d'échec du système judiciaire qui peut nous traverser à la fin du visionnage.
C'est d'abord un documentaire sur les procès en comparution immédiate du trafic de drogue dans lequels, à force de traiter des "dossiers", et face à la répétition des échecs et la récidive, l'individualité disparaît presque derrière une catégorie d'élément à punir, dans une forme d'abbatage et de jugement à la chaîne, où un juge peut prononcer des peines de prison de plusieurs années sur une dizaine de cas dans une journée.
C'est aussi et surtout le documentaire d'une pression. La pression sur les policiers qui s'épuisent dans une chasse aux trafiquants qui semble vaine et qui accompagnent les prévenus la barre ; la pression sur les petites mains du trafic qui évoluent sous une terreur permanente, celle de l'incarcération ou de la dette de sang envers des réseaux qui les traitent comme de la chair à canon ; et la pression des juges qui croulent sous l'asphyxie des comparutions immédiates, contraints de rendre une justice industrielle face à une misère sociale qu'ils ne peuvent guérir.
Cette pression commune crée un sentiment d'impuissance partagé et de maladie du système judiciaire, où la répression et le crime se nourrissent l'un l'autre dans une balance de saturation institutionnelle.
Ces spectacles de comparution, la prison, tout apparaît non comme un remède, mais comme une ponctuation inévitable dans des vies déjà écrites d'avance, dans ce dialogue sourd entre celui qui juge et celui qui est jugé. Le juge utilise la langue du droit, de la république (il insiste "qu'il juge au nom de la société") et de la responsabilité individuelle. Le prévenu, lui, répond avec le langage du quartier, de la nécessité économique et de la mauvaise foi ou du mutisme protecteur.
S'il parle, c'est la prison ou la mort commanditée par le réseau. Dans le trafic, le vérité n'est que trahison. Pour le prévenu, le juge représente une institution qui va l'enfermer, mais le réseau, lui, représente une menace qui peut l'exécuter. Entre la prison et la mort, le choix est vite fait : le silence. Le juge pose des questions auxquelles le prévenu ne peut pas répondre, rendant l'échange purement formel, mécanique et vain.
Face à ce spectacle d’une justice qui semble jouée d'avance, où certaines peines "n'ont aucune utilité sociale", quelles alternatives sont possibles ? Le débat est ouvert