Stups est un film documentaire qui a nécessité de nombreuses tractations avant d’obtenir le droit à l’image, tant de la part des juges que des prévenus présents dans les prétoires. L’immersion a duré un peu plus de trois ans, afin de parvenir à un projet abouti. Le film adopte un parti pris en faveur des mis en cause, considérés ici comme des victimes. Victimes, d’une part, d’une organisation mafieuse capitaliste qui profite de leur vulnérabilité, et d’autre part, d’une justice implacable, dont les lois restent difficilement accessibles à ces mêmes individus.Le film cherche à nous sensibiliser à l’inadéquation de notre modèle judiciaire, à sa tradition punitive et à son manque de moyens, qui l’empêchent de juguler efficacement le trafic. On ne fait souvent que constater les récidives, malgré les promesses faites par les justiciables. Avec un peu de recul, on comprend aisément que la justice pénale doit être réformée pour mieux s’adapter aux réalités actuelles. On retient sans peine que, pour de multiples raisons qui nous échappent, les mis en cause n’ont souvent pas les ressources mentales ni les moyens sociaux pour échapper à un système qui les aspire et les broie pour le reste de leur existence. Je ne suis peut-être pas assez humaniste pour accepter l’idée selon laquelle il nous faudrait toujours être plus intelligents que le système, et toujours coupables. Ne nous trompons pas de combat. Les mafieux profitent de notre faiblesse pour imposer leurs propres lois. Il me paraît évidemment nécessaire d’intervenir en amont, dans les quartiers aujourd’hui laissés à l’abandon. Ce film prouve, s’il en était besoin, que notre justice n’est pas laxiste, contrairement à ce que certains discours laissent entendre — du moins en ce qui concerne les comparutions immédiates. Même si elle reflète une réalité, la vision proposée par ce documentaire reste partielle mais intéressante. Les prévenus y orchestrent un véritable théâtre, parfois risible, manipulant le mensonge jusqu’à l’absurde à s’en rendre malades dans l’espoir d’échapper aux sanctions. On observe leur sidération, qui se transforme en colère, en violence ou en abattement au moment du prononcé du jugement. Au-delà de sa dimension politique, il en ressort une immense tristesse : celle d’une génération sacrifiée, et d’une France que l’on souhaiterait moins vulnérable.