Sud eau nord déplacer
6.7
Sud eau nord déplacer

Documentaire de Antoine Boutet (2014)

C’est l’histoire d’un projet hallucinant né d’une idée de Mao il y a soixante ans, accepté il y a dix et dont la mise en chantier est prévue pour durer cinquante ans. Un détournement des eaux, du nord au sud de la Chine, comme le titre qui est la traduction littérale du nom du projet l’indique. Cela consiste à irriguer une partie sèche du pays en empruntant là où l’eau abonde. 44 milliards de m3 d’eau, rien que ça. Le procédé mise en scénique peut perturber. Boutet choisit de remonter jusqu’à la source, jusqu’au Tibet. Mais surtout, il ne s’en tient pas à filmer la désolation de ce paysage apocalyptique, ce que le début du film laisse pourtant présager, dans une succession de plans incroyables. Petit à petit il se rapproche des Hommes, de leur parole, de leur colère, loin des jolies tournures des bureaucrates et de celles des slogans qui prennent le paysage à parti et sont autant de publicité politique, sans nuance, mensongère. Je trouve que le film gagne autant qu’il perd à vouloir être le plus exhaustif possible. Certains partis pris, fascinants, demandent à être plus étirés, d’autres à plutôt être raccourcis. Il y a un problème d’équilibre, que l’on retrouve aussi dans la balance Nord/Sud. On ne comprend pas vraiment les déplacements. Ou alors le film aurait mérité d’être plus long, hypnotique, infini. Cependant, j’apprécie beaucoup qu’il ne triche pas. Si le but est par exemple de filmer une zone morte, désertique et qu’un militaire s’immisce dans le plan pour l’interdire, la scène en question nous est montrée, elle intègre le processus de fabrication. Si Boutet filme un barrage et qu’il est approché par un nageur autochtone, le cinéaste nous montre cette discussion. Le film d’abord très peu bavard se laisse gagner par la parole. Celle d’un philosophe ici, d’une poétesse tibétaine là. Et continue de saisir malgré tout l’ampleur physique du projet, dans un défilé de rivières sèches, d’immenses ponts surplombant des lits de terre sableuse. Il y a quelque chose qui rapproche le film du Still life de Jia Zhang-Ke dans leur façon de convoquer l’Homme au sein d’une immensité dévastée.

JanosValuska
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le 17 mai 2015

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