J'aime ce film mais Vertigo (Sueurs froides) ne mérite cependant pas le halo intouchable de la première place que les critiques aiment tant lui attribuer.


Ses plans – issus du génie technique de Hitchcock – sont presque parfaits ; que ce soit San Francisco et son Golden Bridge, la forêt de sequoias, le cimetière, les églises... empreints d'une poésie et d'une rêverie qui influenceront certains des meilleurs réalisateurs à venir et notamment David Lynch. Les performances de James Stewart et Kim Novak sont réussies.


Mais le film, comme bien souvent avec Hitchcock, manque de tout ce que l'on peut simplement espérer dans un film : de la vie, de l'émotion, de la grandeur artistique.


Le génie réside dans cette réflexion sur la séduction, sur la spirale du désir ainsi que sur le vide de la mort, ce vertigo de l'existence que Scottie tente d'échapper en manipulant sa femme idéale (inatteignable, mystérieuse et sans commune mesure avec Midge : trop simple, trop disponible, trop vraie). L'idée que l'on se fait d'une femme – l'ampleur de l'artifice – définit notre amour à son égard, d'avantage que la femme elle-même. Hitchcock l'a compris et représente cette manigance universelle à merveille, notamment dans la tentative de reconstruction de cette idée dans le deuxième acte.


Mais à part ça ? On retrouve peu d'émotions, trop peu de moments vraiment magiques... On ne sent pas de lien authentique entre les personnages mais plutôt une impression d'entendre le plateau crier action avant l'apparition d'un nouveau dialogue. La musique, géniale dans le générique (absolument parfait d'ailleurs), finit par être sur-jouée et en devient lourde. Le jeu d'acteur des dernières scènes est lui aussi sur-joué au profit du scénario. La fin du film donne l'impression d'une immense déception d'écriture précipitée après 2 heures d'agitation.


Donc l'histoire, dans sa philosophie, est brillante. Le film, dans sa technique, est parfaitement réalisé. Mais la qualité principale d'un film se trouve dans la profondeur du monde et de l'imaginaire qu'il crée et c'est là que Vertigo ne conquit pas.


Comme si la forme, à l'image même de l'histoire, portait finalement plus d'importance que le fond. L'artificiel et le vide, se prêtant si bien au message du film, semblent se retourner contre Vertigo et son rôle premier en tant que film : celui de divertir et de faire rêver...

MessengerOfLight
7

Créée

le 27 juil. 2025

Critique lue 9 fois

Critique lue 9 fois

D'autres avis sur Sueurs froides

Sueurs froides

Sueurs froides

10

Hélice

40 critiques

Madeleines proustiennes

Hitchcock grand lecteur de Proust? J'ignorais. Et pourtant, à (re)voir Vertigo, je m'émerveille devant ce fil solide enchaînant un film à suspense (tout comme la Recherche est à bien des égards un...

le 26 juil. 2011

Sueurs froides

Sueurs froides

7

guyness

895 critiques

Comment je me suis réconcilié (ma vie artistique)

Nous trainons tous deux ou trois boulets sur le site. Des tares honteuses et presque inavouables. Le fait de détester les Inconnus (à travers leur télé, ma critique la plus haïe ici, avec un ratio...

le 31 janv. 2014

Sueurs froides

Sueurs froides

10

Krokodebil

290 critiques

Variations troubles sur un homme tourmenté

Probablement le meilleur film du grand Alfred. Il y pousse à leur paroxysme toutes ses névroses, ses fétichismes et ses perversions. Le scénario même du film épouse ses états d'âme et la mise en...

le 3 janv. 2013

Du même critique

Sueurs froides

Sueurs froides

7

MessengerOfLight

2 critiques

Classique mais non sans défauts

J'aime ce film mais Vertigo (Sueurs froides) ne mérite cependant pas le halo intouchable de la première place que les critiques aiment tant lui attribuer. Ses plans – issus du génie technique de...

le 27 juil. 2025