Le voyage spatial de Danny Boyle s'impose d'emblée comme une œuvre de science-fiction fascinante, un huis clos psychologique et contemplatif magistralement mis en scène. Visuellement, le film est une claque, la photographie joue brillamment sur le contraste entre l'immensité oppressante de l'espace, la claustrophobie des couloirs de l'Icarus II et la puissance aveuglante de ce soleil mourant.


Pourtant, le film s'abîme dans une rupture de ton aussi brutale qu'incompréhensible lors de son dernier tiers. L'intrusion du "cinquième passager", le capitaine Pinbacker, vient pulvériser l'ambiance si minutieusement installée pour basculer vers un slasher horrifique de série B. C'est d'autant plus frustrant que la pression psychologique, l'isolement et les dilemmes moraux de l'équipage suffisaient amplement à créer un drame parfait.

Ce virage narratif s'accompagne d'un parti pris de mise en scène radical et frustrant. En filmant cet antagoniste à grand renfort d'objectifs déformants, d'effets de flou et de plans stroboscopiques saccadés, Danny Boyle détruit l'esthétique épurée du début. Là où la folie interne de l'équipage aurait suffi à créer une fin tragique, le film choisit la menace physique stéréotypée.


Si Sunshine ne sombre pas totalement dans ce dernier acte, c'est grâce à un pilier monumental : sa bande originale. La partition de John Murphy et tout particulièrement l'inoubliable "Adagio in D Minor", agit comme un fil de sécurité émotionnel. Cette création originale, pensée pour monter crescendo jusqu'à l'apothéose, réussit l'exploit de préserver la dimension mystique et poétique du voyage malgré les errances du scénario. Là où l'image s'égare dans l'horreur visuelle, la bande-son maintient une mélancolie atmosphérique épique qui redonne une ampleur solennelle aux ultimes sacrifices de l'équipage.

En définitive, Sunshine est un film mutilé par son propre climax, sacrifiant sa profondeur psychologique sur l'autel de la tension horrifique. Il en reste néanmoins une expérience cinématographique marquante dont la perfection sonore et les fulgurances visuelles parviennent, malgré tout, à laisser une empreinte indélébile.

Cecoma
7
Écrit par

Créée

il y a 5 jours

Critique lue 2 fois

Cecoma

Écrit par

Critique lue 2 fois

D'autres avis sur Sunshine

Sunshine

Sunshine

8

Gand-Alf

le 24 mars 2015

Suivre

Solar Crisis.

En 2007, après le succès surprise de "28 jours plus tard" et l'échec du discret "Millions", Danny Boyle, en compagnie du scénariste et romancier Alex Garland, proposait son petit hommage personnel à...

Sunshine

Sunshine

9

LeChiendeSinope

le 19 nov. 2011

Suivre

Critique de Sunshine par LeChiendeSinope

La première fois que j'ai entendu parler de ce film, je me suis demandé ce que Danny Boyle avait été foutre dans ce projet. Lâcher une bombe nucléaire sur un soleil à l'agonie pour le raviver et...

Sunshine

Sunshine

8

CréatureOnirique

le 14 janv. 2015

Suivre

2057: L'Odyssée d'Icare (Qu'est-ce que ça claque comme titre...)

Allez, il fallait bien que je vois un jour un film de Danny Boyle ! Et j'ai commencé par celui de ses films qui appartient à l'un de mes genres favoris : la Science-fiction. Après avoir...

Du même critique

La Femme de ménage

La Femme de ménage

6

Cecoma

le 7 févr. 2026

Suivre

Téléfilm du dimanche

« La Femme de Ménage » s’apparente à un téléfilm dominical avec une mise en scène qui manque de l’ampleur cinématographique attendue. Les plans sont parfois simpliste et la réalisation semble plus...

Le Labyrinthe de Pan

Le Labyrinthe de Pan

7

Cecoma

le 11 déc. 2025

Suivre

Entre magie et réalité

Dans un univers à la fois sombre et enchanteur, Guillermo del Toro joue habilement avec l’ambiguïté, laissant le spectateur se demander si le royaume fantastique existe réellement ou s’il n’est...

L'Âme idéale

L'Âme idéale

6

Cecoma

le 20 avr. 2026

Suivre

Le film dont tout le monde tombe amoureux, sauf moi

Une cancérologue qui voit les morts rencontre un homme idéal, qui s'avère être lui-même décédé sans le savoir. La promesse était belle. J’avais hâte de découvrir ce film. Quelle déception.Un Sixième...