Super 8 par Mickaël Barbato
Tout commence bien. JJ Abrams a enfin compris qu'il faut qu'on ressente de l'empathie pour les personnages certes, mais aussi qu'on sente dès le début qu'on va assisté à leur évolution dans le récit. Il nous donne une bande de gamins bien sympatoche, tournant un petit film de zombie. Ils tournent une séquence de nuit, sur la petite station de leur petite ville de banlieue moyenne. Un train passe. Affolé par les production values que cela pourrait apporter aux images, ils filment. Sans s'apercevoir, ou si tard, que le train va se rendre une bagnole en pleine face, et dérailler. Ayant survécus à cette catastrophe, les enfants découvrent que le train transportaient de très étranges rubicubes. Bien vite, toute la ville constate des disparition. Quand à la caméra des enfants à la station, elle n'a pas filmé que la catastrophe...
Ca commence fort, donc. Après une mise en place rapide et efficace des enjeux basiques du personnage principal, on assiste à une catastrophe ferroviaire tellement too much qu'elle en devient fun. Après tout, on parle d'un train gigantesque face à une minuscule voiture, et l'actualité est pleine de ce genre d'accidents pour qu'on sache que tout est exagéré. Mais c'est plutôt bien fait, le découpage est lisible, ça pète de partout, le danger est présent, on accroche. Les cyniques pourront tout de même s'esclaffer devant la survie du conducteur de la voiture.
Se met alors en place une histoire sans aucune surprises, mais efficace. Le personnage principal, le fils d'un flic et maquilleur sur le petit film, se rapproche doucement de la fille qu'il convoite. Notamment dans une séquence zombiesque bien vue, étirée juste ce qu'il faut. A ce niveau, tout va bien, l'apprenti maquilleur évolue, son amitié avec le réalisateur (du film dans le film hein) est source de conflit puis de prise en main. Tout ça, c'est bon, on est concerné, même si le fait de s'écrier "oh c'est les goonies" parce qu'on assiste à l'aventure d'une bande d'enfants est bidon et purement marketing. D'ailleurs, il faut tordre le cou à toute cette merde. On est là face à un film 100% JJ Abrams. Arrêtons avec le "on dirait du Spielberg", ce n'est pas vrai. Regardez, et reregardez encore ET pour vous en persuader. L'utilisation de la musique et du son en général est totalement différente par exemple. Gros point noir de ce Super 8 d'ailleurs, le mixage est une catastrophe, comme en témoigne la séquence de le station-service et le sonde la clochette à fond les ballons. Que des choix étrange à ce niveau, et la musique n'a aucune personnalité, mais ça c'est dans l'air du temps depuis quelques années malheureusement.
Et puis, Spielberg n'aurait jamais laissé passé ces 20 minutes finales totalement ratés. Il aurait peut-être foutu des singes coiffés comme des rockers, mais pas ces ellipses mais nullissimes, qui te font perdre le fil. Ce film est un très bon divertissement jusqu'à l'arrivée dans la tanière du monstre. Parenthèse sur le monstre, bien plus réussi que celui de Cloverfield, mais toujours aussi peu mis en valeur. Ca nous évite un patté de CGI dégueulasse, mais ça frustre un max. En tout cas, son antre est une déception. Alors que la forme du film ne souffre d'aucun soucis, le montage est bien, même si quelques plans pouvaient être largement raccourcis, là ça s'emporte et on tombe dans le grand n'importe quoi. Visiblement, JJ Abrams a dû faire des choix ici. Quand les personnages décrochent des survivants, ça coupe n'importe où, sans logique visuelle, on a de multiples ellipses. On passe d'un plan où le gamin est entrain de décrocher le shériff, à un autre où les quatre personnages sont devant l'araignée, qui arrive d'absolument nul part. Ca n'a aucun sens ! Et puis, pour en finir avec cette comparaison ridicule, ou l'hommage c'est comme vous voulez, le film de JJ Abrams est bien plus sombre que n'importe quel Spielberg (si on excepte ses films historiques).
Quand au débat "fallait-il parler avec la bestiole ou pas", je choisis le "ou pas". Non pas que la scène ne soit pas belle ou quoi que ce soit, c'est niais mais ça passe, mais c'est surtout que ça n'a aucune utilité. Pas besoin d'en rajouter avec la parabole d'avec la mère du héros, puisque on la retartine juste après ! Dans un final expédié en quatrième vitesse, très loin, mais très très loin, plus loin tu meures, de la sensation laissée par celui d'un film comme ET. On me dira que ce n'est pas le même film, je dirais certes, mais à force de comparer l'incomparable il faut bien trouver ce qui peut justifier que des gens disent le film Spielbergien. C'est donc expédié, la symbolique n'est pas bonne (ce n'est pas parce que tu dois avancer que tu dois oublier !), et ça gâche un peu tout.
Au final, deux tiers de bon divertissement qui, espérons le, va en pousser certains sur cette voie. Un plaisir simple, des personnages qui évoluent, des situations qu'on aimerait vivre. Point barre.