Étant donné ce que sont devenus les cinémas mainstream anglo-saxon et a fortiori français, se tourner vers ceux d'autres régions du monde est de plus en plus souhaitable et permet de se désintoxiquer l'esprit. Le cinéma asiatique représente aujourd'hui une référence incontournable et celui d'Amérique latine a ses adeptes, mais qu'en est-il du cinéma russe ? "Superdeep", film d'épouvante réalisé par Arseny Syushin et sorti en 2020, me semble assez représentatif de ses faiblesses et de ses qualités.
Principale faiblesse (*) : un profond manque d'originalité scénaristique. Ainsi, le scénario de "Superdeep" peut être considéré comme une adaptation russe de "The Thing" et s'inspire également d'autres classiques du cinéma de genre américain. Le déroulement de l'intrigue est extrêmement prévisible et manque parfois de crédibilité.
Atouts : un soin apporté à la mise en scène et une belle photographie. C'est particulièrement vrai dans ce cas précis, où malgré le caractère assez convenu et sans surprise de l'histoire, les qualités esthétiques de la réalisation créent une ambiance anxiogène et intrigante. Même les effets spéciaux du type horror body sont objectivement plus réussis que ceux de nombreuses productions US au budget nettement plus élevé. Très sobre, le jeu de Milena Radulovic est convaincant et totalement en phase avec son rôle de scientifique soviétique partagée entre ambition professionnelle, obéissance à ses supérieurs hiérarchiques et remise en question éthique. La jeune actrice serbe a également participé à l'écriture du script.
Au final, "Superdeep" vaut le détour. Mais comme dans la plupart des autres films russes contemporains, on sent un grand potentiel esthétique gâché par un manque d'ambition scénaristique.
(*) Quoique...Cette critique date initialement de 2024, et j'ai récemment découvert l'excellent "Sputnik espèce inconnue" (2020) dont le scénario est original et amène à relativiser ce point de vue.