Will Randall (Jack Nicholson) est un éditeur new-yorkais d'une cinquantaine d'années. Marié et fidèle, il se comporte d'une manière respectueuse envers ses employés et les écrivains qui travaillent avec lui. Or par une nuit de pleine lune, il est mordu par un loup qu'il a renversé en voiture sur une route isolée. Pour le moment, cet incident n'est pas ce qui le préoccupe le plus : malgré sa compétence et ses qualités reconnues, il est en effet rétrogradé par le magnat Raymond Alden qui confie son poste à Swewart Swinton (James Spader), son protégé. L'éditeur déchu apprend que tout en se prétendant son ami, Swinton avait manigancé derrière son dos pour prendre sa place. Last but not least : son épouse entretient une liaison avec l'homme qui l'a (doublement) trahi. Parallèlement, il fait connaissance avec la belle Laura Alden (Michelle Pfeiffer), la fille de Raymond. Au cours de leur premier échange, la jeune femme le qualifie de "gentleman" et c'est peut-être bien son problème... puisque l'intégrité et la courtoisie représentent un handicap dans un milieu où seule compte vraiment l'envie de gagner _ quitte à écraser les autres. Mais bientôt la situation va radicalement changer car depuis la morsure, Will se transforme progressivement en loup. Littéralement...
Si le thème du loup-garou a souvent été traité au cinéma, "Wolf" (1994) sort du lot et se situe clairement dans le haut du panier. Outre une mise en scène et une photographie soignées, ce film de Mike Nichols bénéficie de deux atouts majeurs : des dialogues excellents et un casting haut de gamme _ le génial Jack Nicholson en tête. Tour à tour sarcastique, inquiétant ou sensible et bouleversant, il livre une de ses performances les plus mémorables. Tout en finesse et en subtilité, Michelle Pfeiffer est également très convaincante. Mélangeant plusieurs genres, "Wolf" est à la fois un thriller fantastique, une comédie satirique et plus encore un film romantique. L'un des meilleurs du genre.
Bien que la fin reste ouverte, on devine qu'étant en train de devenir une louve, Laura Alden va pouvoir rejoindre Will Randall qui a déjà achevé sa métaphorphose. Ayant cessé d'appartenir à l'espère humaine, ils pourront vivre librement et passionnément leur histoire d'amour. J'ai trouvé ce dénouement très beau.
Autre aspect intéressant de l'intrigue : la libération des instincts et la transformation en loup ne constituent pas un mal en soi :
Une fois devenu loup, Swinton devient un tueur psychopathe parce qu'il a toujours été un individu malfaisant et sans scrupule. Inversement, le loup Will conserve sa morale et sauve la femme qu'il aime au péril de sa vie. Tout dépend de la personnalité initiale de l'individu concerné.
Sans être un chef-d'oeuvre absolu, et l'on peut lui reprocher son côté un peu trop lisse, trop grand public, "Wolf" constitue une authentique réussite et témoigne d'une époque révolue où Hollywood savait concilier efficacité commerciale et excellence cinématographique.