L'Ultime Combat contre Claude François sous stéroïdes

Il y a des films qui marquent l’histoire du cinéma, et puis il y a Superman IV. Pas « Superman IV » le film, attention : Superman IV l’expérience de vie, le rite initiatique, la preuve irréfutable qu’à Hollywood, même les dieux de Krypton ne peuvent pas survivre à un budget de cantine scolaire. C’est une superproduction qui a dû être tournée avec trois tickets resto et un caméscope VHS, mais qui reste, paradoxalement, inoubliable.


On retrouve Christopher Reeve, toujours aussi charismatique dans son costume moulant, mais qui semble cette fois avoir passé plus de temps à négocier son cachet qu’à répéter. Et on le comprend : dès qu’il lit le script, il doit sentir que son slip rouge va s’envoler sans lui. L’idée de départ, pourtant, est belle : Superman décide de débarrasser le monde des armes nucléaires. Problème : il fait ça en lançant toutes les ogives dans l’espace, comme si l’orbite terrestre était la poubelle jaune du cosmos. Et là, Einstein dans sa tombe a dû faire un triple salto arrière.


Et puis surgit l’ennemi du film : Nuclear Man, sorte de Ken blond peroxydé sorti d’une pub pour shampoing dopé au plutonium. Le mec a l’air méchant, certes, mais son plus grand pouvoir reste d’éteindre la lumière partout où il passe, ce qui fait de lui le seul super-vilain qui pourrait se faire embaucher chez EDF. Mention spéciale à ses ongles qui rayent l’acier comme du scratch : Dracula version manucure nucléaire.


Les scènes d’action ? Ah, parlons-en ! Des bastons dans l’espace où l’on voit clairement que les acteurs sont accrochés à des câbles, des incrustations d’école primaire, et une logique physique digne d’un cartoon de Tex Avery. On atteint un sommet quand Superman reconstruit le mur de Chine… avec son regard. Oui, son regard. Tu détruis Pékin ? Pas grave, Superman te fait un devis gratuit avec sa vision télékinésique. C’est à ce moment précis que le réalisateur a dû se dire : « On n’a plus d’argent, les gars, mais j’ai trouvé un nouveau superpouvoir : le regard maçon. »


Lex Luthor est toujours de la partie, avec Gene Hackman qui cabotine comme s’il avait compris que ce navet était son ticket pour payer ses impôts. On l’aime, on rit avec lui, on rit de lui, et surtout, on rit de tout. Parce que Superman IV, c’est un peu comme un karaoké bourré : c’est mauvais, mais qu’est-ce que c’est fun.


Le plus triste, dans tout ça, c’est que Christopher Reeve croyait sincèrement à ce projet. Il voulait parler de paix mondiale, de désarmement, de responsabilité. Et au lieu de ça, il s’est retrouvé à se battre contre une doublure capillaire de Claude François sous anabolisants. C’est comme si on avait confié le message de Martin Luther King à Patrick Sébastien.


Mais qu’on ne s’y trompe pas : Superman IV n’est pas un échec. C’est une comédie involontaire, une pépite nanardesque qui brille dans les tréfonds de la filmographie super-héroïque. On rit, on pleure (de rire), on s’étonne qu’un tel film ait pu exister, et au fond, on l’aime malgré tout. Parce qu’il nous rappelle que même les super-héros ont droit à leur moment de honte.


Alors oui, Superman IV est une catastrophe nucléaire, mais une catastrophe tellement spectaculaire qu’elle finit par devenir légendaire. Et si aujourd’hui, les films de super-héros coûtent des milliards pour être formatés au millimètre, moi je dis : rendez-nous Nuclear Man et ses griffes de fashion victim. Parce qu’au moins, lui, il avait de la personnalité.

Kelemvor

Écrit par

Critique lue 54 fois

7
6

D'autres avis sur Superman IV - Le Face à face

Superman IV - Le Face à face

Superman IV - Le Face à face

3

MajorTom

le 12 déc. 2011

Suivre

Supermou

Vous pensiez que votre boyscout favori avait touché le fond avec Superman III ? Hé hé, vous n'aviez encore rien vu. Il faut tout de même rendre hommage à la Cannon sans qui un tel résultat n'aurait...

Superman IV - Le Face à face

Superman IV - Le Face à face

3

Gand-Alf

le 7 mai 2012

Suivre

Triste fin.

Si le retour de Gene Hackman dans le rôle de Lex Luthor pouvait rassurer, un générique d'ouverture affreusement cheap va vite calmer nos ardeurs. Produit par la Cannon (ce qui n'augure jamais rien de...

Superman IV - Le Face à face

Superman IV - Le Face à face

4

HITMAN

le 20 juil. 2019

Suivre

Warfield Publications.

L'aventure se termine en 1987, les producteurs initiaux Alexander & Ilya Salkind et Pierre Spengler ont jeté l'éponge sur la super saga suite à l'échec commercial du spin-off, Supergirl réalisé...

Du même critique

A Knight of the Seven Kingdoms

A Knight of the Seven Kingdoms

1

Kelemvor

le 20 janv. 2026

Suivre

Critique incritiquable de la première saison après un épisode

Il y a, dans A Knight of the Seven Kingdoms, quelque chose de délicatement ancien, presque précieux. Une respiration plus lente, un goût pour l’ellipse, une narration qui refuse l’hystérie et choisit...

Batman v Superman - L'Aube de la Justice

Batman v Superman - L'Aube de la Justice

4

Kelemvor

le 25 mars 2016

Suivre

Que quelqu'un égorge David S. Goyer svp, pour le bien-être des futures adaptations DC Comics !

Qu'on se le dise, Man of Steel était une vraie purge. L'enfant gibbeux et perclus du blockbuster hollywoodien des années 2000 qui sacrifie l'inventivité, la narrativité et la verve épique sur l'autel...

Michael

Michael

4

Kelemvor

le 22 avr. 2026

Suivre

Man in the Mirror... sans reflet

Michael Jackson n’a jamais été un simple chanteur. Il a déplacé les lignes de la pop jusqu’à en redessiner la cartographie entière, hybridant le rhythm and blues, le funk et la variété mondiale dans...