J'arrive souvent après la bataille en matière de musique, quand j'arrive tout court. On ne peut pas être au taquet sur tout, il sort bien trop de choses culturelles palpitantes chaque semaine dans d'autres domaines. Mais bon, j'essaie de rattraper un peu, mollement, les soirs où je n'ai pas assez de temps devant moi pour un film. Donc je me suis lancée dans ce long documentaire vu en petits bouts sur ce groupe prétendument mythique, qui a effectivement cassé la baraque en 96 lors du plus grand concert jamais organisé chez nos voisins britanniques. Un quart de million de personnes, quand même, deux soirs de suite, et, apparemment, ils auraient pu remplir 7 soirs d'affilée comme ça. Pas mal, surtout 3 ans et demi après le début du groupe. Une ascension fulgurante, donc, dont il ne me reste aujourd'hui qu'une seule chanson à titre d'illustration dans ma tête, et encore, il faut que je la cherche activement. Je suis donc passée à côté. Pendant ce temps là je braillais Le temps des cathédrales sous la douche, on ne peut pas tout faire... Il faut attendre la fin du documentaire pour saisir l'ampleur du phénomène Oasis, parce que ça commence doucement dans des pubs modestes de Manchester, avec deux frères sortis d'un milieu populaire et d'une histoire familiale tourmentée, et leurs copains musiciens. Noel a été le premier à se passionner pour la guitare, Liam n'est arrivé qu'après, avec sa vocation de vedette et accessoirement de chanteur. Mais quand il s'y est finalement mis, il a découvert que ça lui allait comme un gant. Après, ce sont les galères en cascade, mais avec l'insouciance de la jeunesse et un joli je-m’en-foutisme à la punk qui leur a fait traverser cette période dans la bonne humeur. Pas trop pour moi, parce que les vidéos de l'époque montrent de sales gosses mal embouchés qui n'ont absolument rien d'intéressant à dire et le disent mal, en prime... et ça dure jusqu'à la toute fin, de chambres d'hôtel saccagées à des marathons de drogue qui les conduisent à se comporter comme des gorets, je suis trop vieille pour y trouver le moindre intérêt. Mais le succès a fini par être au rendez-vous parce qu'ils ont trouvé la musique et les mots qui donnaient du relief à leur vide moral sidéral et que ça a parlé à toute une génération puis à tout un pays. Ce genre de grâce, ça ne se discute pas, c'est affaire de résonance. Finalement, à force de proclamer crânement qu'ils étaient le meilleur groupe du monde, comme si ça voulait dire quoi que ce soit, ça a fini par être quasiment vrai, si le succès commercial est un bon indicateur de talent, ce qui n'est absolument pas démontré. Tout ça pour en arriver finalement au quart d'heure qui m'a vraiment intéressée, quand ces individus banals et résolument superficiels ont fini par être dépassés par la taille de ce qui leur arrivait et par quitter de fait leur posture nihiliste amère (papa n'a pas été sympa) pour prendre un peu de hauteur et se hisser au-dessus du cloaque mental dans lequel ils glavouillaient avec délices. A la toute fin, ça pourrait être ça, le vrai sujet : non pas comment quelques post-ados insupportables ont décroché la timbale, mais comment un succès planétaire vous crame n'importe qui. Ce qui reste après le passage dans ce haut-fourneau pourrait bien ressembler à une version épurée de l'individu de départ... L'éclatement du groupe pourrait contredire ma théorie, cela dit, mais chacun y trouvera l'explication qui lui convient le mieux.