Voilà un film un peu trash que j’ai eu beaucoup de mal à regarder, il faut bien le reconnaître. Un film incisif, si j’ose dire, sans parole, mais au message clair et puissant, qui dénonce de façon limpide et efficace le carcan dans lequel beaucoup voudraient enfermer les femmes, et que malheureusement de nombreuses femmes recherchent…
Les femmes, la femme, même, est ici d’abord et avant tout présentée comme un corps. Une enveloppe qui mérite d’être modelée, modifiée pour correspondre à un idéal. Il y est question de la chirurgie esthétique mais aussi, de façon plus générale, de la pression qui pèse sur les femmes afin qu’elles adaptent leur corps à un certain nombre de normes qui s’imposent à elles sans quoi elles risquent d’être stigmatisées voire de ne plus être considérées comme de vraies femmes. Finis les poils sous les bras, finies les rondeurs, finis les petits seins. Pour plaire à l’homme, ou au moins de pas le dégoûter, il faut que la femme s’adapte, qu’elle soit épilée, fine, bronzée, avec des gros seins et des grosses lèvres, bronzée, et si possible blonde et pas trop intelligente, car ici, le chirurgien s’attaque aussi au cerveau de la femme, apparemment trop développé. La nature ne suffit plus, le chirurgien est le démiurge des temps modernes, qui fera des miracles en ajoutant, enlevant ou modelant le corps selon la demande, avec ses seringues et bistouris....
Pour ma part, ce que j’aime, dans une femme, ou dans un homme, ce n’est pas la surface, mais l’intérieur, ce n’est pas l’apparence, mais le contenu. Pour ma part, j’aime les poils et les rondeurs, j’aime ce qui sort de la norme quer l’on voudrait nous imposer, et jamais je ne me permettrais de qualifier de portugaise une femme poilue. Jamais, car au-delà de l’insulte, je sais ce que produit de genre de remarques.
En moins de deux minutes trente, Frédéric Doazan parvient ainsi à critiquer fortement la pression sociale qui s’exerce sur les femmes, et le charcutage en règle qui semble se répandre de plus en plus, afin de permettre aux femmes de correspondre à ce canon de beauté. C’est effrayant, c’est écœurant. Le travail d’animation s’appuie sur une iconographie ancienne aux couleurs pastel, assez moches il faut dire, mais Frédéric Doazan, sans parole ni musique, parvient à être percutant grâce à des images choc et des bruitages bien dégueulasses.
Bref, voilà une Supervenus bienvenue, un petit film qui mériterait d’être vu par pas mal de monde, hommes et femmes, afin que puisse cesser progressivement cette pression qui fait si mal aux femmes.