Suture
6.9
Suture

Film de Scott McGehee et David Siegel (1994)

Ce petit néo-noir particulier est à n’en pas douter une bobine qui divise, tant il repose sur un parti pris capable de bloquer instantanément un spectateur pragmatique. Il faut en effet accepter ce choix hautement symbolique de faire appel à deux acteurs physiquement très différents pour incarner une fraternité que le film décrit pourtant comme troublante de ressemblance.


De mon côté, j’ai préféré me laisser porter pour essayer de comprendre ce que le film cherchait réellement à raconter. Et j’en ressors avec l’impression d’être face à une double, voire triple lecture, qui repose sur l'acceptation du spectateur d'un visionnage conscient : on regarde un film, des acteurs incarnent des personnages, et si le récit me dit qu’ils se ressemblent, alors je choisis d’y croire — ou non d'ailleurs, mais j'étais pas trop mal luné.


À partir de là, leurs apparences diamétralement opposées deviennent à mon sens une représentation de leurs âmes respectives. Deux hommes issus du même pool génétique mais façonnés par des trajectoires totalement différentes. L’un possède, manipule, abuse de son pouvoir et inspire immédiatement la méfiance ; l’autre, plus humaniste, patient et empathique, attire naturellement la sympathie. C’est clairement très manichéen, mais je ne vois pas tellement d’autre lecture possible.


Derrière ça, le fil rouge de l’enquête reste assez secondaire, presque contextuel, même s’il a au moins le mérite d’exister. Pour les amateurs de film noir plus classique, ça pourra paraître un peu léger. Personnellement, j’avoue avoir espéré que le film décolle davantage sur cet aspect-là. J’ai beaucoup aimé le rythme lancinant de la première partie, mais le ventre mou qui s’installe avec la bluette entre Clay et la jolie docteur m’a semblé un peu longuet.


Pourtant, le film ne dure qu’une heure et demie. Mais c’est le risque de ce genre d’œuvre construite autour d’un concept aussi fort : il faut réussir à le nourrir. Ici, le dispositif s'impose un peu trop au forceps, au détriment d’une matière narrative qui reste assez mince autour. Le message, lui, demeure intéressant, énoncé clairement par le personnage du psychiatre qui semble défendre l’idée qu’on ne peut jamais totalement tromper son âme — même si Clay, vu la fin, n’a pas spécialement l’air de s’en plaindre.


Impossible enfin de ne pas dire un mot sur la mise en scène. Là encore, gros parti pris avec ce noir et blanc extrêmement travaillé, cohérent avec le genre abordé. Et le résultat est dingue : coup d'oeil dingue, des cadres toujours justes qu'on aimerait imprimer, et une gestion de la lumière qui flatte la rétine. Une science de l'image qui en impose pour une photographie à tomber. Si le reste peut facilement faire débat, sur le plan visuel en revanche, difficile de trouver grand-chose à redire.


Bref, une chouette péloche, que j'éviterai de conseiller parce qu'elle a un gros potentiel de rejet. Mais personnellement, je serai toujours client de ce genre de proposition un poil différente, salutaire pour notre passion, à n'en pas douter.


Des captures ici :]

oso
7
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le 11 mai 2026

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