Crunchyroll
Netflix
Suzume
7.1
Suzume

Long-métrage d'animation de Makoto Shinkai (2022)

Voir le film

Après le succès planétaire de Your Name, Makoto Shinkai aurait pu céder, par excès de confiance, à la facilité. Ce Suzume, qui porte le nom de son héroïne, digne des meilleurs Ghibli, prouve le contraire.

La mise en scène dynamique, époustouflante par moments (on pense au final, scène de combat entre forces du bien et du mal dans un paysage désolé), traversée d'images superbes, entre beauté évidente et 2D de peintre des village côtiers japonais et couleurs survitaminées en 3D des visions fantastiques, honore les grandes idées scénaristiques qui bâtissent le film (on pense cette fois à l'audacieux choix d'incarner le "méchant" par un petit chaton kawaï à voix d'enfant).

Alors il faut certes prendre son mal en patience et passer la pénible première heure, infantilisante, bourrée de péripéties tour à tour grotesques (les démons du mal cachés sous les terres du Japon, dont l'un est une pierre devenue chaton, sortent par des portes pour créer des séismes, et transforment l'un des personnages en chaise à trois pieds ...), répétitives (l'interminable série de portes qu'on doit fermer, au fur et à mesure du périple), s'encombrant de longueurs, de personnages et détails inutiles qui freinent le rythme, pour enfin atteindre l'âme sensible.

Dans sa deuxième heure, aux allures de road trip estival entre personnages qui n'ont rien à voir (très "Kitanesque"), ce Suzume s'avère finalement, malgré son inutile complexité métaphorique et délirante, un très beau (et émouvant) récit initiatique, d'apprentissage du passage à l'âge adulte par le dépassement du deuil des parents et des traumas d'enfance, et par la découverte du courage au fond de soi et, bien sûr, de l'amour.

Mais ce qui fascine le plus est peut-être ce que Makoto Shinkai semble dire de lui, et notamment de sa peur presque enfantine de la mort. Cette mort brutale qui s'incarne tout entière dans l'angoisse écologique (rappelant le Kurosawa de Yume), et la plaie ouverte laissée par le tsunami et l'accident nucléaire de 2010, catastrophe que le Japon semble décidément tout juste arriver à mettre à distance et assumer (pour preuve le récent La Famille Asada).

En acceptant de regarder son passé en face, Shinkai fait acte de rebond, et dans une sorte de reconstruction artistique et publique, parvient à regarder dans les yeux ce fantôme qu'incarnent les ruines et côtes ravagées dont ne restent que les traces de vies englouties en quelques secondes.

En acceptant de leur trouver une réelle beauté apaisante (magnifiques visions urbex dans laquelle la nature renaît), il parvient à tourner la page, à cicatriser, et à grandir.

Suzume se fait alors, au-delà du divertissement parfois tape à l'œil, bruyant et tout public, une œuvre sombre et finalement délicatement émouvante, car un acte de résilience plus que bienvenue, un aveu personnel à prendre dans son ampleur nationale et collective.

Créée

le 11 mai 2023

Critique lue 66 fois

Charles Dubois

Écrit par

Critique lue 66 fois

1

D'autres avis sur Suzume

Suzume

Suzume

7

Plume231

le 14 avr. 2023

Suivre

Les Portes de l'enfer !

Il y a une chose que je me dois de balancer tout de suite, là, maintenant, parce que c'est ce qui m'a inévitablement sauté aux yeux... oh bordel de putain de merde, qu'est-ce que ce film déchire...

Suzume

Suzume

9

Behind_the_Mask

le 13 avr. 2023

Suivre

Une porte ouverte sur nos émotions

Alors, comme cela, Les Enfants du Temps était décevant ? Qu'est-ce qu'il ne faut pas lire parfois... Parce qu'il faudra donc y réfléchir à deux fois, pour certains, avant d'aller voir...

Suzume

Suzume

7

Sergent_Pepper

le 3 mai 2023

Suivre

Vestige d’œuvre

Étrange sensation que celle de s’installer dans une salle de cinéma en 2023 pour voir se déployer l’univers du dernier Makoto Shinkai, et retrouver tout un passé de la culture manga d’il y a presque...

Du même critique

Au boulot !

Au boulot !

7

Charles_Dubois

le 2 oct. 2024

Suivre

"On prend sur soi."

Il y a au départ la petite histoire qui donne son origine cocasse au film : la rencontre, tumultueuse pour le moins, de François Ruffin avec Sarah Saldmann, chroniqueuse sans grande finesse du...

La Tête haute

La Tête haute

3

Charles_Dubois

le 13 mai 2015

Suivre

"Seule contre la justice ! J'les encule tous ces bâtards !"

Oreilles pudiques s'abstenir. Ici on est dans du réalisme madame. Du vrai. "La Tête Haute" est typiquement le cinéma que je vomis. Celui qui se dit "social" et qui de ce postulat décide de se...

La Nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé

La Nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé

8

Charles_Dubois

le 21 févr. 2023

Suivre

"Le drame de ma vie c'est de t'aimer."

La Nuit où Laurier Gaudreault s'est réveillé est probablement l'œuvre la plus dure et la plus mure de Xavier Dolan, construite comme une compilation presque étouffante de tous ses thèmes, de toutes...