Au premier abord, on pourrait dire de Suzume que c'était une version bas de gamme ou une simple copie bidouillée de son prédescesseur "Your Name", paru plus tôt en 2016.
Heureusement, ce n'est pas le cas. Bien que Suzume partage de nombreux aspects de Your Name, tant sur les plans graphiques, scénaristiques et relationnels, l'oeuvre ne se définit pas uniquement par cela.
D'abord, Suzume aborde le thème de l'émancipation.
En effet, le personnage de Suzume Iwato, qui a perdu sa mère a un jeune âge et qui fut élevé par sa tante durant toute sa vie, va faire de sa quête à la recherche des portes à sceller pour sauver le monde, une véritable force qui va lui permettre de dissocier son esprit à celle de l'image de lycéenne humble et sans histoire qu'on lui avait toujours scotché sur le dos. Mais ce phénomène n'est pas incrée, il est le produit d'une suite de rencontres nouvelles qui lui ont permis de se libérer, d'en apprendre plus sur elle, et de trouver un échappatoire à l'emprise relationnelle façonnée par sa tante par le biais de l'amour qu'elle développe tout au long de l'histoire envers le personnage de Sota, et dont la disparition lui causera un vide incommensurable.
En addition à cela, Suzume est bien plus qu'un film : c'est une ode à la vie.
Les portes, qui connectent le monde des morts à celui des vivants, sont une manière d'honorer la mémoire des âmes perdues, sans la confondre au monde des vivants, qui se doit de continuer à réaliser l'action qui définit son existence directe : vivre, sans s'inquiéter du sort des personnes qui ont trépassé avant nous. Pour Sota, la beauté de la vie, se trouve dans les moments spéciaux et uniques de la vie (anniversaires, fêtes, etc...), mais aussi surtout dans les petits moments du quotidien, qui se manifeste au travers des gestes et des coûtumes qui le détermine. Ces "bonjour", "je t'aime", "ça va ?", "je suis épuisé", sont tout ce qui font la joie de vivre chez l'homme, souvent sans qu'il ne se rende compte. D'après lui, ces mots contribuent à effacer les traumatismes et les douleurs causés par la mort d'individus proches, permettant ainsi de ne pas faire somber le monde dans une tristesse perpétuelle.
Enfin, Suzume est un récit initiatique qui nous livre l'histoire d'une lycéenne en quête d'une partie d'elle-même.
Comme le laisse supposer la nature éponyme du titre, l'histoire s'axe aussi sur la vision du monde de Suzume, le personnage principal. Comme mentionné précédemment, cette jeune lycéenne a perdu sa mère prématurément et fut elevé par sa tante. Perdue dans cette situation émotionnelle complexe, son voyage de porte en porte à travers le Japon lui a permis de se retrouver et de concilier avec son passé, qu'elle avait en parti oublié, peut-être par déni sentimental. Durant le film, chaque porte à sceller est l'occasion pour Suzume de gagner en maturité, en empêchant les séismes de se produire, elle sauve des millions de vie en imaginant les scènes passées que chacun des lieux a porté en son sein, lui permettant d'honorer la mémoire de sa mère, morte dans le contexte d'un séisme de haute ampleur. Tout au long de son voyage, sa sollitude et la forme impuissante de son compagnon de voyage la pousse en dehors de sa zone de confort décisionnel en la forçant à être plus autonome. Chaque épreuve vécue la remet face à ses incertitudes et ses traumatismes, jusqu'ici refoulés dans le plus profond de son être. C'est seulement lors du dénouement de l'oeuvre, que la jeune lycéenne parvient à assumer cette part d'elle, caractérisée dans le film par la petite fille terrorisée qu'elle était lors du séisme qui a tué sa mère. Lors de cet instant, Suzume va entrer dans le monde de l'au-delà à travers la porte qui lui avait sauvé la vie et rencontrer son elle d'avant pour la réconforter ; à cet instant, elle devient le pilier dont elle avait elle-même besoin auparavant, le confort maternel qu'elle avait perdu.
Sans m'éparpiller plus, ce film vaut clairement le coup d'être visionné pour sa qualité visuelle, les messages qu'il convoit et l'articulation complexe des relations qui le composent.