Un Cukor de 1935 avec Cary Grant et surtout Katherine Hepburn, non seulement ça ne se refuse pas mais c'est normalement (presque) la garantie de passer un bon moment.
Tout était dans le presque …
Le scénario repose sur une idée qui est intéressante et qui est bien traitée. Celle de transformer une jeune fille (K. Hepburn) en un jeune adolescent. Et je dois reconnaître que c'est très réussi et très troublant. Réussi car le visage "osseux" de K. Hepburn rend crédible la transformation. Troublant car l'histoire va mettre en relation K. Hepburn avec des femmes et des hommes qui vont toujours tomber sous le charme que dégage l'actrice quelle que soit son apparence. Un peu comme si le "vrai" sexe n'avait plus guère d'importance. On est dans le transgenre avant l'heure…
D'après ce que j'ai lu ou entendu (introduction de Bromberg), le film fut très mal reçu à sa sortie à cause de ça, justement, mais aussi de "l'immoralité" que ça générait dans les relations hommes/femmes. Ce qui est amusant c'est que, bien des années plus tard, le film fut réhabilité et devint culte pour d'ailleurs les mêmes raisons qui le faisaient haïr à sa sortie, en mettant en avant cette ambiguïté sexuelle. Il est très probable que ce ne soit pas les mêmes spectateurs qui dénigraient ou louaient le film …
Si je considère maintenant le scénario ou l'histoire proprement dite, alors je suis un peu plus réservé. En effet, l'histoire en elle-même ne m'a pas paru convaincante ni même intéressante. D'ailleurs, elle n'agit que comme un prétexte aux numéros des acteurs. On suit les aventures picaresques d'une bande d'escrocs à la petite semaine partie de Marseille jusqu'à Londres pour fuir les créanciers. C'est d'ailleurs la raison du travestissement de K. Hepburn … Les scènes se suivent sans trop se préoccuper de cohérence. On commence par des petites escroqueries pour continuer dans une (improbable) troupe de théâtre pour finir dans un vaudeville à peine crédible en faux happy end que j'ai trouvé, pour ma part, un peu bâclé.
Non, manifestement, Cukor, s'est beaucoup plus intéressé aux relations et interactions entre personnages autour de l'apparence de Katherine Hepburn sous Sylvia ou sous Sylvester.
Certains numéros, comme la tentative d'escroquerie dans les rues de Londres où K. Hepburn simule le rôle d'un jeune adolescent (français qui ne parle pas un mot d'anglais) perdu et abandonné par ses parents est jubilatoire. La mise en scène de Cukor, montrant K. Hepburn tentant d'apitoyer la foule horrifiée par cette infamie, est superbe. Katherine Hepburn parlant français, pour la bonne cause, vaut le coup d'œil.
Un autre tout petit point intéressant, c'est la vue panoramique du Vieux Port de Marseille avec le fameux pont transbordeur …
Au final, un peu déçu par l'ensemble du film dont j'ai eu du mal à m'intéresser et à croire à l'histoire.