Mon grand cheval de bataille lorsque je me mets à parler cinéma en société, c'est la forme documentaire (méprisée et/ou mal comprise par mes interlocuteurs), en ce qu'elle est à mon sens le genre le plus à même de toucher à l'essence du cinéma, à savoir la captation du réel et de son inévitable travestissement, inhérent au geste cinématographique.

Autant dire que le postulat de départ du film de Greaves ne pouvait que me passionner : le court-circuitage, via un dispositif filmique omniscient, de toute forme possible de déguisement du vrai. Le cinéaste vient ainsi se frotter à l'une des questions les plus passionnantes du cinéma, à savoir "peut-on filmer la vérité ?". Le problème avec ce genre de questionnement métaphysique, c'est qu'il fuse instantanément d'autres interrogations tout aussi stimulantes intellectuellement ("Qu'est-ce que le vrai ?", "Le mensonge peut-il être une forme de vérité ?", "Peut-on observer sans influer sur le sujet observé ?"), auxquels Greaves prend un malin plaisir à ne pas apporter de réponses définitives, préférant esquisser des pistes de réflexion (qui tortureront d'ailleurs l'équipe de tournage, cobayes pas trop consentants de cette expérience).

Toutefois, et comme le laissait peut-être déjà présager ce titre pour le moins pompeux, le cinéaste s'embourbe dans le méta pour ne jamais vraiment en sortir. Il y a un plaisir certain éprouvé à la vision de ce film, mais c'est un plaisir qui reste très théorique. Greaves échoue à insuffler un mouvement organique à son métrage, tout y est trop cérébral, trop calculé, trop froid ; à vouloir poser les bonnes questions, il a fini par oublier le plus important, à savoir que le cinéma est un art, et que la sublimation de la réalité (travestissement du vrai dans sa forme la plus pure) est au cœur même de toute démarche esthétique, y compris la sienne. En s'y refusant par principe, il se tire une balle dans le pied qui l'empêche d'amener son film vers quelque chose d'autre que l'objet de curiosité pour cinéphiles endurcis.

Bref, intéressant mais partiellement convaincant.
Garrincha
5
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste smells like indie spirit

Créée

le 29 mai 2012

Critique lue 591 fois

Garrincha

Écrit par

Critique lue 591 fois

11
2

D'autres avis sur Symbiopsychotaxiplasm: Take One

Symbiopsychotaxiplasm: Take One

Symbiopsychotaxiplasm: Take One

8

Shap6

62 critiques

Qu'est-ce que faire un film ?

N.B. : Ce film soulève de nombreuses questions, et je vous conseille de le voir avant de lire cette critique. Certaines d’entre elles reçoivent une réponse, soit explicitement dans la bouche des...

le 24 nov. 2025

Symbiopsychotaxiplasm: Take One

Symbiopsychotaxiplasm: Take One

8

Limguela_Raume

893 critiques

Sérendipité cinématographique

La mise en abîme n’est pas nouvelle au cinéma. Alice Guy ou Léonce Perret s’y étaient essayés les premiers. Vous ne trouverez donc rien d’original dans le fait de filmer un film sur un film. Et, soit...

le 13 févr. 2022

Du même critique

Blissfully Yours

Blissfully Yours

10

Garrincha

27 critiques

Etre vivant

Figure de proue de la modernité cinématographique depuis ses débuts dans les années 2000, le réalisateur thaïlandais Apichatpong Weerasethakul a développé au fil des ses films une œuvre invoquant les...

le 21 janv. 2015

Avengers

Avengers

3

Garrincha

27 critiques

Critique de Avengers par Garrincha

C'est une histoire vieille comme le cinéma : les gentils luttent, les gentils mettent un genou à terre, les gentils saignent, mais les gentils ne renoncent jamais et ouf!, in fine, les gentils...

le 2 mai 2012

Bacurau

Bacurau

8

Garrincha

27 critiques

Le village des damnés

Nous sommes dans un futur très proche. Tout le Brésil est occupé par l’empire techno-capitaliste… Tout ? Non ! Un village du Nordeste peuplé d’irréductibles locaux résiste encore et toujours à...

le 25 sept. 2019