Symbiopsychotaxiplasm: Take One par Garrincha
Mon grand cheval de bataille lorsque je me mets à parler cinéma en société, c'est la forme documentaire (méprisée et/ou mal comprise par mes interlocuteurs), en ce qu'elle est à mon sens le genre le plus à même de toucher à l'essence du cinéma, à savoir la captation du réel et de son inévitable travestissement, inhérent au geste cinématographique.
Autant dire que le postulat de départ du film de Greaves ne pouvait que me passionner : le court-circuitage, via un dispositif filmique omniscient, de toute forme possible de déguisement du vrai. Le cinéaste vient ainsi se frotter à l'une des questions les plus passionnantes du cinéma, à savoir "peut-on filmer la vérité ?". Le problème avec ce genre de questionnement métaphysique, c'est qu'il fuse instantanément d'autres interrogations tout aussi stimulantes intellectuellement ("Qu'est-ce que le vrai ?", "Le mensonge peut-il être une forme de vérité ?", "Peut-on observer sans influer sur le sujet observé ?"), auxquels Greaves prend un malin plaisir à ne pas apporter de réponses définitives, préférant esquisser des pistes de réflexion (qui tortureront d'ailleurs l'équipe de tournage, cobayes pas trop consentants de cette expérience).
Toutefois, et comme le laissait peut-être déjà présager ce titre pour le moins pompeux, le cinéaste s'embourbe dans le méta pour ne jamais vraiment en sortir. Il y a un plaisir certain éprouvé à la vision de ce film, mais c'est un plaisir qui reste très théorique. Greaves échoue à insuffler un mouvement organique à son métrage, tout y est trop cérébral, trop calculé, trop froid ; à vouloir poser les bonnes questions, il a fini par oublier le plus important, à savoir que le cinéma est un art, et que la sublimation de la réalité (travestissement du vrai dans sa forme la plus pure) est au cœur même de toute démarche esthétique, y compris la sienne. En s'y refusant par principe, il se tire une balle dans le pied qui l'empêche d'amener son film vers quelque chose d'autre que l'objet de curiosité pour cinéphiles endurcis.
Bref, intéressant mais partiellement convaincant.