Tabou est un film qui prend à rebours le spectateur. Il nous propose une contemplation, d'abord visuelle, proprement japonaise : sobriété des couleurs et des matières, rigueur esthétique des décors et des cadrages. Contemplation d'un certain Japon ensuite, au sein d'une milice de samouraïs qui cherche à faire régner l'ordre alors même que les passions troublent ses rangs. Contemplation du beau Sozaburo enfin, proposé à notre fascination autant qu'objet de celle de ses camarades.


Car Sozaburo est un objet, support de rumeurs et de fantasmes, perçu seulement à travers les regards portés sur lui par les autres personnages. Si l'on peut penser pouvoir, avec de la patience, parvenir à le saisir, le film nous rappelle régulièrement que l'on dépend entièrement de regards extérieurs et nous pousse, pour comprendre ce mystère, à être attentif à chaque élément qui pourrait l'éclairer.


Cette position forcée de voyeur crée une tension perpétuelle, qui pour les personnages ne peut s'apaiser que par la violence. Pour nous, elle ne peut s'apaiser, mais nous force à admettre la situation dans laquelle nous place le désir - qu'il s'agisse du désir d'un être, ou simplement d'une explication. C'est certainement ça, être un spectateur.

St-Loup
8
Écrit par

Créée

le 23 août 2017

Critique lue 840 fois

St-Loup

Écrit par

Critique lue 840 fois

2

D'autres avis sur Tabou

Tabou

Tabou

2

Flagadoss

128 critiques

Critique de Tabou par Flagadoss

J'aurais dû me douter que ce film ne serait pas du tout à mon goût lorsque j'ai vu que ce film avait été primé au festival de Cannes (palme d'or ou autre). Au lieu de ça, j'ai quand même emprunté ce...

le 7 janv. 2011

Tabou

Tabou

7

Zogarok

1640 critiques

L'amour au sabre - pour plus de sûreté et de satisfaction

Dans ce dernier film avant sa mort, Nagisa Oshima amène à nouveau l’homosexualité sur des terres où elle est présumée s’illustrer par son absence. Vingt ans après Furyo, il réalise donc Tabou, où un...

le 6 avr. 2017

Tabou

Tabou

8

Limguela_Raume

883 critiques

Amourou

En escrime comme en art, tout est question de bonne distance. Si certains artifices de forme sont de trop, le sujet est toujours parfaitement mis à distance. Oshima souffle toujours le chaud et le...

le 21 déc. 2017

Du même critique

Tom of Finland

Tom of Finland

6

St-Loup

3 critiques

"Je cirais mes bottes"

Tom of Finland a un peu l'aspect d'un film qu'on s'est attaché à rendre grand public alors que son thème même s'y oppose : la création d'un univers homo-érotique explicite et viril voué à la...

le 4 avr. 2018

Les Amours imaginaires

Les Amours imaginaires

8

St-Loup

3 critiques

"Jamais tu ne me regardes là d'où je te vois"

Je ne veux pas critiquer, juste réfléchir. Parce qu'au fond, ça raconte quoi, les Amours Imaginaires ? A l'évidence, c'est une histoire de triangle amoureux. L'affiche est claire en l'occurrence :...

le 1 oct. 2017